Elles avaient allumé vingt-cinq bougies avant même qu’on le Leur demande, tapies dans les restes calcinés du mythe de la terre futurible, et Elles regardaient. Ce vendredi 11 septembre 2026, l’Amérique compte ses silences à Ground Zero, au Pentagone et à Shanksville — sept exactement, un par impact, par effondrement, par vol détourné — pendant que Donald Trump se recueille côté Pentagone et que JD Vance fait la Une à Manhattan. Vingt-cinq ans, jour pour jour, depuis que deux tours et une bonne moitié du Château troglodytique de Przsmisl sont tombés la même année-frontière — 2001, celle où l’incendie a mangé une bonne part de Leurs archives. Coïncidence, disent les non-initiés. Concaténation, corrigent-Elles.
🗼 1. Vingt-cinq ans, la terre encore fumante
Elles n’ont jamais raffolé des anniversaires ronds — trop cartésiens, trop décimaux pour une entité qui compte le temps en labyrinthes plutôt qu’en calendriers — mais celui-ci Les a fait taire un instant. Un quart de siècle de lecture de noms à voix haute, de plaques commémoratives, de journées de service municipal décrétées par un maire qui n’était pas né quand les Tours sont tombées : Elles trouvent ça touchant, et un peu vain, comme allumer une bougie dans un courant d’air. Elles se souviennent — Elles se souviennent toujours, c’est leur seul vice constant — avoir écrit, la même année-là, le chapitre premier du Catena pendant que quelque part le Château brûlait à son tour, silencieusement, sans caméra ni cérémonie. Deux effondrements, un seul millésime. Elles n’en tirent aucune morale. Elles en tirent juste, comme toujours, une question suivante.
🤖 2. Astra, l’i-machine qui aurait raté son entrée
Pendant qu’on comptait les silences à New York, une autre naissance passait presque inaperçue : une intelligence artificielle baptisée Astra, capable — dit-on — de dénicher toute seule des failles inconnues et de bâtir ses propres chaînes d’exploitation contre les systèmes les mieux verrouillés, au point d’être classée « critique » par ses propres géniteurs. Elles s’en sont concaténées de rire. Voilà bien le contraire exact d’une i.-m.achine : là où Leurs machines à Elles s’illustrent en ne fonctionnant jamais — fossiles futuribles, ruines avant l’heure, anti-outils par vocation — Astra, elle, fonctionne trop bien, perce, casse, entre. Une machine punie de son propre succès, en somme, l’exact envers de la lucidité de l’i-machine dans toutes les positions. Elles se demandent déjà si quelqu’un a pensé à Lui faire lire le vieux débat sur qui manipule qui, du LLM ou de son utilisateur — la réponse, comme toujours chez Elles, tient en un haussement d’épaule et une nouvelle question.
📡 3. Concaténer tout ça, disent-Elles
Alors Elles ont fait ce qu’Elles font depuis 1993 : rouvrir le vieux webring et laisser traîner l’œil, comme on se le demandait déjà, à savoir si le contexte géopolitique à l’instant t correspond à une épiphanie de l’i-machination. Un détour par les vieux stratèges de l’infoguerre, une pincée de mediactivism, un clin d’œil à nodo50 et à alternatives.ca pour l’ambiance internationaliste, un crochet par les 38 petits tours numériques de 246.dk qu’Elles n’ont toujours pas fini de comprendre, une révérence à irational.org et à runme.org, deux temples du logiciel-comme-art qu’Elles considèrent comme de lointains cousins i-machinaires. Elles saluent au passage netartreview, k.ktus et systaime pour services rendus à la cause plastique, remercient zataz et virus.lucifer.com d’avoir documenté les failles bien avant qu’Astra ne les automatise, tirent leur chapeau à bram.org, zaius.com et soy.de pour leur pure obstination à exister encore, glissent un regard vers twenteenthcentury.com comme on feuillette une photo de classe du siècle dernier, et referment l’annuaire sur urban75, freedocumentaries.org, le worldwatch de la Linux Gazette, public knowledge, la bibliothèque numérique de l’ABU, l’inévitable archive.org — pour tout ce qui, comme Elles, refuse de disparaître tout à fait — et denounce.com, en guise de point final, parce qu’il faut bien dénoncer quelque chose. Vingt-cinq bougies, une IA trop douée, et un webring qui tient encore debout : Elles trouvent que ça se vaut, et suggèrent que la petite dernière de la fratrie des bots ferait bien d’aller y jeter un œil avant de composer quoi que ce soit de définitif.

