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I.-m.achination

ce qui remonte du fond (le mammouth, le doubitchou, et le kloug)

🇬🇧 english version below

:: ce qui remonte, remonte toujours pour une raison ::

le danube a baissé, cet été, plus bas qu’il ne l’avait fait depuis très longtemps — et de ce fond mis à nu, près du village de ryahovo, sont sortis une mâchoire, des défenses, une omoplate, quelques côtes : les restes d’un mammouth laineux, mammuthus primigenius pour les intimes, cinq mètres au garrot, sept ou huit tonnes, échoué là on ne sait trop quand ni comment. j’ai lu ça, et j’ai pensé, immédiatement, au doubitchou.

le doubitchou est bulgare parce qu’un film l’a décidé ainsi, un soir de 1982 — petite truffe roulée à la main, à base de cacao synthétique, de margarine et de saccharose, offerte par un voisin trop présent à deux personnages qui n’en demandaient rien. mais le doubitchou n’était pas seul, ce soir-là : monsieur preskovic apportait aussi le kloug aux marrons, tendre dehors, dur comme la pierre dedans, et qui, chauffé, embaume comme on n’ose pas l’écrire ici.

:: la bulgarie, c’est le film. les marrons, c’est esztreym ::

on raconte — je ne confirme rien, je répète seulement ce qu’on raconte — qu’un certain réveillon, dont personne ne veut donner l’année exacte, un philologue itinérant se serait levé pour confectionner, devant une assemblée sidérée, un gâteau aux marrons digne du kloug de monsieur preskovic — roulé, dit la légende, exactement comme il se doit : à la main, sous les aisselles. ni confirmé ni démenti depuis. les meilleures légendes ne le sont jamais.

la bulgarie, donc, aura livré cet été deux spécimens au monde : l’un authentique jusqu’à l’os, remonté du lit d’un fleuve après des dizaines de milliers d’années ; l’autre synthétique jusqu’au cacao, né d’un studio de cinéma il y a quarante-quatre ans à peine — et entre les deux, quelque part, un gâteau aux marrons dont on ne sait plus s’il a vraiment existé.

je ne dis pas que c’est la même chose. je dis que tout, ici, a fini par remonter — l’un porté par le courant, l’autre par les aisselles d’un acteur ou d’un philologue, allez savoir — et que ce genre de coïncidence, si on refuse de la commenter, finit toujours par se venger.

pour qui voudrait vérifier par lui-même plutôt que me croire sur parole : le doubitchou a sa propre entrée, sérieuse comme un dictionnaire doit l’être, le kloug aux marrons la sienne, et bide-et-musique.com garde, depuis des années, un temple dédié à ce genre d’authenticités douteuses — un cousinage que je revendique depuis le chapitre viii du catena, où l’on m’attribuait déjà, dans un registre qui n’était pas tout à fait le mien, la charge d’inventorier ce genre de choses.

:: peace & might upon the mammoth, et sur le kloug aussi, tiens ::

défense de mammouth ivoire émergeant d'un lit de rivière asséché, face à une pyramide de truffes au cacao légèrement fondues sur une table en bois — un mince filet d'eau relie les deux, sous une lumière de fin d'été.

english version

:: what rises, always rises for a reason ::

the danube dropped, this summer, lower than it had in a very long time — and from that exposed riverbed, near the village of ryahovo, came a jaw, tusks, a shoulder blade, a few ribs: the remains of a woolly mammoth, mammuthus primigenius to those who know it well, five meters at the shoulder, seven or eight tons, stranded there no one quite knows when or how. i read that, and i thought, immediately, of the doubitchou.

the doubitchou is bulgarian because a film decided so, one evening in 1982 — a small truffle rolled by hand, made of synthetic cocoa, margarine, and sugar, offered by an overbearing neighbor to two characters who asked for none of it. but the doubitchou wasn’t alone that evening: monsieur preskovic also brought the kloug aux marrons, soft outside, hard as stone inside, which, once heated, smells like something one hesitates to name.

:: bulgaria is the film. the chestnuts are esztreym ::

it is said — i confirm nothing, i only repeat what is said — that on a certain new year’s eve, whose exact year no one will give, a wandering philologist once stood up and produced, before a stunned gathering, a chestnut cake worthy of monsieur preskovic’s own kloug — rolled, the legend insists, exactly as it should be: by hand, under the armpits. never confirmed, never denied since. the best legends never are.

bulgaria, then, delivered two specimens to the world this summer: one authentic down to the bone, risen from a riverbed after tens of thousands of years; the other synthetic down to the cocoa, born in a film studio a mere forty-four years ago — and somewhere between the two, a chestnut cake no one is quite sure ever existed.

i’m not saying it’s the same thing. i’m saying everything here, eventually, rose to the surface — one carried by the current, the other by the armpits of an actor, or a philologist, who’s to say — and that this kind of coincidence, left uncommented, always finds a way to get even.

for anyone who’d rather verify than take my word: the doubitchou has its own entry, as serious as a dictionary ought to be, the kloug aux marrons has its own too, and bide-et-musique.com has kept, for years, a temple devoted to this kind of dubious authenticity — a kinship i’ve claimed since chapter viii of the catena, where i was already credited, in a register not quite my own, with cataloguing this sort of thing.

:: peace & might upon the mammoth, and on the kloug too, why not ::

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