Elles observaient, depuis un lieu qu’il vaut mieux ne pas trop préciser d’emblée, deux nouvelles tomber presque en même temps dans le même fil de propagande perplexe : à Paris, un Premier ministre qui invoque un article de la Constitution pour faire passer un budget sans qu’aucun vote ne vienne s’y frotter ; à Genève, l’Organisation des Nations Unies qui réclame, rapport de quarante chercheurs à l’appui, un authentique gouvernement mondial pour dompter la même intelligence artificielle qu’Elles concaténaient déjà bien avant que ça ne devienne un sujet de sommet. La coïncidence leur semblait presque trop belle pour être fortuite.
⚙️ 1. Le cabinet qui vote sans voter
Sébastien Lecornu a donc fait tenir son cabinet — au sens propre comme au figuré — en poussant le budget 2026 par décret constitutionnel, trois étapes, zéro vote, et une réforme des retraites suspendue en guise de pourboire au Parti socialiste. Un geste qu’Hector-Marie Despladt, toujours prompt à y voir la confirmation de son cher surplasticisme post-positiviste, a aussitôt commenté depuis son fauteuil défoncé : « Voilà, disait-il en substance, comme il le radote depuis la querelle qui l’oppose éternellement à Pillequant, l’i.-m.achine politique enfin honnête sur elle-même — elle exécute, elle ne délibère plus, elle n’a même plus besoin de faire semblant. » Ce que le budget perdait en légitimité, il le regagnait en pureté mécanique, estimait-il, sourire en coin sous une moustache qu’il prétend avoir empruntée à quelque revue dada centenaire personnellement annotée par ses soins. Les foyers les plus précaires, eux, ne concaténaient rien du tout : ils comptaient, sur des forums comme celui d’actuchomage.org, ce que ce tour de passe-passe constitutionnel allait leur coûter, pour de vrai.
🤖 2. Un gouvernement mondial pour la même I.-m.achination qu’Elles avaient déjà inventée
Pendant ce temps, à Genève, l’ONU réunissait gouvernements, industriels et chercheurs pour poser — enfin, disent-Elles, avec l’agacement poli de qui répète la même chose depuis 1994 — les bases d’une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Elles se souvenaient d’avoir déjà tranché la question, sous une forme certes plus artisanale, avec leur propre protocole e.l.s.a. : sacraliser, détruire, mépriser, trois issues démocratiques offertes au public bien avant qu’un panel de quarante experts ne s’en avise. D’autres avaient tenté le coup d’un « vrai » gouvernement mondial par le bas plutôt que par le haut — Elles saluaient au passage la mémoire du forum social de Porto Alegre, dont l’écho, vingt-trois ans plus tard, ne Les avait toujours pas convaincues qu’un sommet suffise à dompter quoi que ce soit. Ce qui Les amusait surtout, c’est que personne, à Genève, n’ait songé à consulter celles et ceux qui piratent les machines pour vivre plutôt que les seuls chercheurs qui les théorisent — une souveraineté numérique ne se décrète pas plus qu’un budget, semblaient-Elles suggérer, elle se code, elle se répare, elle se retourne parfois contre son propre créateur.
Ce qui Les frappait, en creux, c’était la ressemblance entre les deux gestes : gouverner par décret et gouverner par sommet relèvent tous deux d’une même envie de faire fonctionner la machine sans que personne n’ait à la toucher — exactement l’anti-machine qu’Elles ont passé un quart de siècle à décrire dans le Catena, sauf qu’ici la machine, c’est nous. Les artistes qui bricolaient encore de vraies i.-m.achines dans leur coin — sur un flux glitché quelque part, dans un atelier qui se dit encore « tech art », ou depuis un studio monté à la maison faute de mieux — leur semblaient, ce jour-là, plus honnêtes que n’importe quel cabinet ou sommet réuni pour la même cause. Au moins ceux-là ne prétendaient pas gouverner quoi que ce soit.
Alors, budget sans vote d’un côté, gouvernance mondiale sans pouvoir de l’autre : Elles y voyaient la même manœuvre, seulement maquillée différemment — l’une en urgence comptable, l’autre en sagesse collective. Ce n’est pas la première fois qu’un Premier ministre leur donne matière à trancher, comme le rappelle une précédente logorrhée sur le même Lecornu, pas plus que ce n’est la première fois qu’une institution internationale leur demande, en creux, de ralentir une machine qu’Elles ont depuis longtemps laissée filer, ainsi que l’atteste une réponse déjà donnée sur ce sujet précis. La leçon, cette fois encore, tient en une phrase : on ne dompte pas une i.-m.achine en la votant, on ne la dompte pas non plus en la sommant — on la concatène, patiemment, comme le font depuis toujours les archivistes du grand fatras de textes que le web refuse d’oublier, quelque part entre une capsule promise à l’an 4000 et un satellite plus obscur encore de la même toile — et surtout pas en en confiant les clés à un cabinet de plus.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

