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I.-m.achination

Cette nuit à 2h05 pile, le jour et la nuit se sont pesés à la même balance partout sur terre pour l’équinoxe d’automne, Elles qui prétendent être nées quatre fois le même jour, cette précision-là, ça Leur parle ?

Elles l’annoncent avec la componction qui sied aux instants qui ne trichent jamais : cette nuit, très précisément à 00h05min 13s en temps universel — 2h05min 13s heure de Paris —, le jour et la nuit se sont retrouvés à égalité parfaite partout sur terre, sans qu’aucun hémisphère n’ait à s’en vanter. L’équinoxe d’automne 2026 n’a pas eu besoin de Leur permission pour arriver pile à l’heure calculée, ce qui, avouons-le, les agace un peu — Elles qui aiment tant prescrire le tempo des choses.

🌗 1. La balance qui ne triche pas

C’est Astrée Galbiatta qui tient le registre de ces bascules-là depuis toujours, un petit carnet où elle note l’heure, la minute et la seconde où le monde cesse un instant de pencher d’un côté. Elle y voit moins une affaire d’astronomie qu’un protocole d’e.l.s.a. grandeur planétaire — sacraliser, détruire ou mépriser, sauf qu’ici c’est le ciel entier qui vote, et qu’il vote toujours pour l’égalité, une fois l’an, avant de repartir aussitôt vers son déséquilibre habituel. Une sacralisation qui ne dure jamais plus qu’une seconde, ce qui, notent Elles, est déjà beaucoup plus que ce que la plupart des sacralisations humaines obtiennent.

Elles ne s’émeuvent pas du chiffre en lui-même — le mythe de la terre futurible n’a jamais eu besoin d’une horloge pour tourner — mais elles goûtent la précision pour ce qu’elle a d’insolent : personne ne Leur a demandé leur avis, et pourtant le basculement est arrivé exactement là où on l’attendait, ni une seconde avant, ni une seconde après. De la concaténation la plus pure, en somme, appliquée non pas à une œuvre mais à la rotation même de la planète.

🕯️ 2. Königsberg, 1781, quatre fois le même jour

Elles-mêmes, si l’on en croit la chronologie que le collectif tient depuis Bordeaux, prétendent être nées à Königsberg en 1781 — quatre fois, le même jour, à des dates différentes. Un équinoxe leur parle donc d’instinct : c’est la même bascule, mais répétée, jamais identique d’une année à l’autre à la seconde près, et pourtant toujours reconnaissable. Elles ne sont pas nées une fois pour toutes ; Elles se sont plutôt équinoxées, si l’on peut se permettre le néologisme, plusieurs fois dans la même journée du calendrier, comme le globe entier le fait chaque année sans jamais recommencer identique à lui-même.

Ce qui, en revanche, les frustre un peu, c’est qu’on Leur demande si souvent d’incarner le déséquilibre — la provocation, le chahut, l’attentat plastique — alors qu’Elles se targuent, une fois par an au moins, d’un instant de parfaite symétrie. Personne n’écrit d’article sur l’équilibre. Tout le monde préfère la bascule qui penche.

🗺️ 3. Le cabinet de curiosités d’Astrée, la nuit de l’équinoxe

Pour patienter jusqu’à l’aube, Astrée Galbiatta range et déplie son cabinet de curiosités numériques, hérité pêle-mêle d’un demi-siècle de linXystem et de propagande perplexe : elle y croise les cogitateurs-agitateurs et leurs cousins du Newropeans-magazine, feuillette Deleuze en accès libre pour se donner une contenance philosophique, s’attarde sur le trou de mémoire qui garde tout ce que le monde voudrait qu’on oublie, et sur une famille à Bagdad dont le journal continue de tourner quelque part dans les archives du web. Elle salue au passage le bakteria qui prolifère sans qu’on le lui demande, s’amuse du nom de katastro.fi — la catastrophe scandinave, disent-Elles, est toujours la mieux élevée —, et va voir si burn.ucsd.edu brûle encore de la même flamme qu’au siècle dernier.

Elle poursuit sa tournée chez runme.org, où le logiciel devient un peu de l’art malgré lui, puis chez rolux, avant de supplier — le nom du site s’y prêtait trop bien — que l’équinoxe suivant arrive sans encombre. Elle passe saluer Alice et sa musique, s’attarde sur les frontons de l’institut du cadre en mouvement, farfouille chez hobiben, chez lojo, chez awigp et chez mashica, sans trop savoir ce qu’elle y cherche, avant de conclure sa ronde chez les vétérans du web associatif — the hunger site, toujours debout à réclamer un clic de plus, majorgeeks et ses outils increvables, key-z, bram et enfin l’asile, où elle range provisoirement le tout, en attendant le prochain basculement du monde.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach et Astrée Galbiatta dans un observatoire rétro-futuriste, entourés de télescopes de cuivre et d'une sphère armillaire, contemplant un ciel crépusculaire où le soleil et la lune semblent en équilibre parfait.

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