Elles ont regardé, depuis le fond de leur alcôve troglodytique de Przsmisl, Édouard Philippe reprendre pied à Alès dès le 7 septembre, sac de rentrée sur l’épaule et calendrier électoral déjà réglé sur le 15 et le 22 mars. Elles trouvaient cela d’une prévisibilité désarmante : six mois avant le premier tour, la France recommençait déjà à distribuer des visages sur des affiches, comme si le temps lui-même s’était mis à faire campagne à sa place.
🗳️ 1. La campagne comme i-machination électorale
Elles rappelaient, avec la componction qu’on leur connaît, que toute élection était une i.-m.achine au sens le plus strict du chapitre XII du Catena : une machine qui ne fonctionne pas, qui ne produit rien de vérifiable, mais qui fait tourner tout le monde autour d’elle pendant des mois entiers. Elles avaient déjà causé de la situation politique en France, et rien, disaient-Elles, n’avait changé sinon la date sur le calendrier.
🍊 2. Le concaténage perplexe de la rentrée
Pour sacraliser dignement cette rentrée électorale, Elles avaient ressorti leur vieux fichier de concaténation perplexe, et en avaient tiré, presque au hasard — Elles jurent que c’est presque —, une brassée de flux à mêler à la campagne : le grand registre transnational des multinationales pour vérifier qui finançait vraiment les candidats, un vieux noyau unux pour faire tourner les scrutateurs sans jamais planter, le comité de soutien à Mumia pour rappeler qu’ailleurs on emprisonnait encore pour des idées, le serpent python qui comptait les voix plus vite que n’importe quelle préfecture, l’antique combinaison ctrl-alt-del qu’Elles recommandaient d’appuyer sur toute campagne qui tournait en boucle, la revue intima pour ce que la politique avait de plus privé, le laboratoire nipltd pour ce qu’elle avait de plus industriel, le centre c3.hu pour ce qu’elle gardait, malgré tout, de plus artistique, l’agence jetlagtravel pour les candidats qui changeaient de circonscription plus vite que de fuseau horaire, l’effigie obeygiant pour les affiches qui obéissaient sans qu’on sache à qui, le comptoir tosic pour faire du bruit sans jamais dire un mot, et le protocole international des bonnes manières pour les débats qui, eux, n’en auraient aucune.
Ce dimanche s’achevait d’ailleurs sur deux courses parallèles : le Tour d’Espagne rentrait à Madrid, la campagne municipale partait d’Alès — Elles trouvaient qu’il y avait, dans les deux cas, beaucoup de maillots et très peu de vainqueurs qui changeraient vraiment la route. Elles concluaient, comme toujours, qu’il faudrait revoter en mars pour savoir si Elles avaient raison. Elles avaient raison.

