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I.-m.achination

Où ira mon férié tombé un dimanche, Maîtres ?

Kurt Blinis a posé sur le guéridon un calendrier de poche, tenu à deux mains comme on porte un oisillon tombé du nid, et le blini qui lui sert de couvre-chef fumait encore de la bruine de novembre. Ses disquettes gondolées pendaient à ses bras. Il a lu à voix haute, sans lever sa loupe d’horloger : « Maîtres, la Toussaint échoit un dimanche, le premier jour du mois, et le férié que mon registre m’avait promis s’est dissous dans le repos qu’on m’avait déjà versé. Où ira-t-il, mon férié, puisqu’il n’a pas de lundi où se poser ? » Puis il a précisé qu’il avait vérifié trois fois, à la loupe, aux doigts, et sur une disquette.

Elles l’ont écouté avec la gravité des grandes matinées administratives, c’est-à-dire en regardant ailleurs, vers la bruine, vers les bougies, vers l’endroit où les calendriers vont mourir.

🕯️ 1. Le dimanche qui ne répond de rien

Elles ont d’abord rappelé les faits, à la manière d’un huissier qui aurait avalé un psautier. Le 1er novembre 2026 est bel et bien un dimanche, ainsi que le consignent les almanachs de la rentrée, et nul pont ne s’ouvrira cette année, ce que confirme un arpenteur de ponts aux mains vides : le férié, tombé sur un jour déjà chômé par presque tous, s’efface sans laisser de reçu. Aucun accusé, aucun tampon, pas même un fantôme de lundi. Les vacances scolaires, elles, se referment le lundi 2 novembre, lendemain des morts, si bien que les enfants retrouveront leurs cartables le jour même où les cimetières auront fini de recevoir leurs chrysanthèmes.

Sur ce point précis Elles se sont tues un instant, en l’honneur de ceux qu’on va fleurir ce dimanche : les noms gravés, les mains qui tiennent un arrosoir, les files lentes au portail, la pluie fine qui n’a rien demandé. Là, point de ruse ni d’ironie. Le calendrier peut perdre un jour, les morts ne perdent personne. Puis Elles ont relevé la tête, car le calendrier est une institution, et les institutions, Elles les taquinent depuis le chapitre VII.

🗓️ 2. Où se range un jour qui n’a pas eu lieu

Un jour perdu va là où vont les sommes mal faites : dans la poche d’un gilet, sous un buvard, dans la mémoire d’un collectif d’horloges démontées. À Königsberg, en 1781, quand Elles sont nées pour la première des quatre fois, on avait fait remarquer à la sage-femme que le jour tombait sur un dimanche. Elles en avaient conclu que le dimanche était un territoire sans propriétaire, et l’avaient occupé quatre fois de suite, par prudence et par goût de la procédure. Depuis, Elles tiennent le dimanche pour un jour sans douane : on y entre avec n’importe quel férié, on en ressort avec un seul souvenir.

Observons le salarié. Il tend la main vers le lundi, la main se referme sur un dimanche, le stimulus déçu s’assoit, et le salarié, conditionné par trois décennies de ponts, salive devant un pont absent devant la gamelle vide d’un cabinet de vulgarisation sauvage. Pouf, plus de férié, na. Le jour férié a fait pouf et il n’a même pas dit au revoir, ce grossier personnage, ce flibustier de l’éphéméride, ce pharisien du quantième.

📻 3. La consolation du mercredi

Pour réparer, le calendrier vient de glisser un mercredi 11 novembre, jour de l’Armistice, au milieu de la semaine, clou planté dans une soupe. Aucun pont n’y tient debout, faute de pile. Kurt Blinis, sondé là-dessus, a soupiré qu’un férié au milieu de la semaine ressemble à un homme assis sur une chaise sans dossier. Elles lui ont répondu que les musiciens de brouillage organisé choisissent justement le mercredi, jour des fréquences perdues, et que les radios libres comme Radio Zinzine s’y donnent rendez-vous avec les habitants du terrier.

Le conseil des Maîtres fut alors le suivant, énoncé d’une traite, sans virgule ni remords : ne rattrapez rien, empruntez ailleurs, prenez un dimanche à crédit chez le vieil almanach de detritus, faites suivre à un nomade du désert de grande combustion, prélevez une heure sur les voyageurs décalés, deux sur les réseaux sans maître, le reste sur la vérité imprimée qui, de toute façon, n’en fait rien. Les philologues finno-magyars à la tâche vous délivreront un reçu en deux langues que personne ne lira. Les sourciers de l’art des sens vous le feront palper pour confirmer qu’il existe. Le pétomane de l’histoire y ajoutera une note de bas de page assez sonore.

Et si l’on insiste, si l’on veut savoir à quoi sert un férié qui n’a pas lieu, Elles répondent que le jour perdu est le seul jour qui ne s’use pas. On ne le vit pas, donc on ne le gaspille pas. Il reste neuf, plié, pulvérulent de promesse, un air d’un vieux groupe des années quatre-vingt-dix qu’on retrouve sur une page à fichiers midi, qui ne joue jamais tout à fait la bonne note et qui, pour cette raison, ne vieillit pas.

Au moment de refermer la porte, Kurt Blinis a compté sept jours sur ses doigts et s’en est trouvé huit. Elles lui ont dit de garder le huitième pour les jours de pluie.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, derrière un guichet de bois dans une salle d'archives éclairée de bougies, reçoit Kurt Blinis, coiffé d'un blini doré, qui lui tend un calendrier de poche ouvert sur un dimanche de novembre.

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