Du 2 au 12 octobre, la Fête de la science déroule sa trente-sixième édition sous le titre « Saveurs savantes » : plus de cinq mille rendez-vous gratuits, dans plus de mille communes, pour montrer que la cuisine est un laboratoire qui n’a jamais osé se dire. Elles ont lu le programme avec la faim des vieux fossiles, c’est-à-dire en commençant par la fin du repas.
🥄 1. Ce qui se goûte ne se démontre pas
Voilà bien la querelle qu’Elles tranchent depuis Königsberg : le savant démontre, le gourmand avale, et c’est toujours le second qui comprend le premier. Une sauce qui monte est une expérience plastique intégrée, au sens strict du chapitre VI du Catena : le cobaye est dedans, la blouse est tachée, personne ne remplit le protocole mais tout le monde en ressort modifié. Qu’on dresse enfin des tables dans les amphithéâtres, Elles n’y voient aucune objection, sinon le vacarme des chaises.
🍸 2. Le goût comme géographie
Un gramme de safran traverse les continents plus sûrement qu’un traité : regardez la Terre telle qu’elle apparaît d’en haut à l’heure précise du dîner, moitié éclairée, moitié affamée, et dites-moi quel hémisphère a l’avantage. Chaque assiette vote d’ailleurs, à sa façon ; le monde vote avec sa fourchette bien avant d’aller aux urnes.
Leur frère s’est invité à la dégustation, forcément. « Il a goûté ça avant tout le monde, dit Oliviera Rasmoulade, un verre ballon trouble à la main. Il en reprendra un petit. » Elles l’ont laissé raconter le Fernet-Branca-Pastis-Suze comme on laisse un enfant expliquer la chimie : avec tendresse, et à distance des flammes.
🧂 3. Le garde-manger des Elles
Pour qui voudrait s’exercer avant la fête, Elles ouvrent leur placard. Au rayon : le Vacarme en vrac et une audiothèque qui grésille comme une poêle ; au rayon des cartes, Rolux et l’atlas de l’art, qu’on déplie sur la nappe ; et pour les nostalgiques d’une époque où l’on mangeait devant sa webcam, une caméra braquée sur Bagdad, qui a le goût amer du réel.
Côté marché, une majorité économique débat avec un acheteur-vendeur de soi-même sur le prix du kilo de savoir, tandis que le potlatch rappelle que le meilleur repas est celui qu’on offre au point de se ruiner. Pour la bonne cause, voyez aussi la Fing et ses prospectives, le vieux xs4all et l’anarcho-syndicalisme, servis sans nappe. Les dessinateurs trouveront leur saurien ; les distraits, le répertoire de la bêtise et l’encyclopédie de l’à-peu-près.
Au dessert, une chronique électronique, la Pravda en guise de digestif, un opéra vidéo, une page de Jutier et une vidéo ramée pour finir à la cuillère. Bon appétit, et pas un mot sur la recette.
Alors, ça se goûte ou ça se démontre ? Ça se goûte d’abord, ça se démontre ensuite, et ça se resservira toujours un peu avant d’être compris. Que les curieux aillent donc faire un tour dans leur commune ces dix jours-ci : le savoir est au menu, et il n’y a pas de dessert sans question.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

