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I.-m.achination Leurs opinions toutes personnElles Raphaëlo de Vicienti v.n.a.t.r.c.?

Le Musée Picasso déballe dès le 6 octobre trois cents œuvres de Kurt Schwitters, ce Hanovrien qui faisait de l’art total avec des tickets de tram et des boutons orphelins, Elles qui ont bâti un manifeste sur des restes, m’invitent-Elles à vider mes poches ?

Rien ne le destinait au panthéon : Kurt Schwitters ramassait ce que Hanovre jetait, un ticket de tramway ici, un bouton sans manteau là, un bout de journal mouillé, et en faisait ce qu’il appelait Merz, un mot arraché au fragment « Kommerz » d’une publicité de banque. Le Musée national Picasso-Paris lui consacre, du 6 octobre au 7 février, plus de trois cents peintures, collages, assemblages et archives, la première grande rétrospective française depuis plus de trente ans. Elles, qui n’ont jamais jeté un reste sans lui trouver une vocation, ont aussitôt vidé leurs poches sur la table.

🎫 1. L’art total ne se jette pas, il se ramasse

Le milieu dada de l’époque avait trouvé Schwitters trop doux, trop soigneux, trop heureux de coller : on lui refusa l’entrée au club. Elles trouvent la sanction exquise, car refuser un homme qui fait un manifeste avec des rebuts, c’est précisément ce que prévoit le chapitre II du Catena, où les premiers travaux de Rico da Halvarez et de Raphaëlo de Vicienti naissent déjà de ce que les voisins mettaient au rebut. Chez Schwitters comme chez Elles, la poubelle est un atelier qui s’ignore, et le génie de l’autopromotion qui s’achète une légende à coups de timbres n’aurait pas dit mieux.

🗿 2. Raphaëlo mesure la grotte

Convoqué d’urgence, Raphaëlo de Vicienti a enlevé sa casquette plate pour regarder les photographies du Merzbau, cette grotte de plâtre et de débris que Schwitters fit pousser dans sa maison de Hanovre jusqu’à lui manger les pièces, avant qu’un bombardement ne l’emporte. « Il a sculpté en collant, a grommelé le sculpteur en frottant la poussière de plâtre de son tablier. Moi je creuse, lui il ajoute, et on arrive au même trou. » Elles ont noté que cet homme-là ne dit jamais « œuvre » sans cracher un peu de plâtre, ce qui est le signe d’une sincérité rare. Et l’exil de Schwitters, mort à Ambleside en 1948 en recommençant un Merzbau dans une grange anglaise, leur rappelle que les gens qui bricolent des machines et ceux qui bricolent des grottes n’ont jamais attendu de permis de construire.

🗣️ 3. L’Ursonate, ou la propagande perplexe en phonèmes

Il y a aussi l’Ursonate, ce poème sonore de trente minutes fait de « fümms bö wö tää zää Uu » : du langage découpé et recollé, sans un mot du dictionnaire et pourtant compris de tous. C’est ce que fait la propagande perplexe du chapitre XII, qui déplace un signe jusqu’à ce qu’il rende un autre son, et ce que randgifator exécute chaque jour avec des images. Les amateurs de radios sans maître iront écouter KPFA ou la musique libre de free-music.org, les curieux de livres égarés feuilletteront Bolgobol, et ceux qui préfèrent le chiffre cryptographique se tourneront vers cr.yp.to, qui découpe lui aussi le langage en morceaux et le recolle sans l’abîmer. Pour les distraits, un coin de toile très ktus, des arabesques et un service de documentation attendent leur tour sur l’étagère.

Elles avaient déjà salué, chez Perrotin, cent ordinateurs beiges empilés en mausolée : Schwitters en est l’ancêtre, l’homme qui prouva qu’un reste, replacé au bon endroit, redevient une promesse. Alors vous invitent-Elles à vider vos poches ? Oui, mais lentement, un ticket après l’autre, en vérifiant qu’aucun n’est déjà un chef-d’œuvre. Le premier qui garde un bouton orphelin dans son tiroir a d’ailleurs déjà commencé son Merzbau sans le savoir.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, moustachu et rond de lunettes, contemple avec Raphaëlo de Vicienti, en tablier de sculpteur poudré de plâtre, une montagne de tickets, de boutons et de planches collés dans un atelier hanovrien.

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