Du lundi 5 au lundi 12 octobre, le comité Nobel déroule son calendrier : médecine, physique, chimie, littérature, paix, puis économie en dernier, comme le dessert que personne n’avait commandé. Et la cagnotte grimpe : douze millions de couronnes par discipline, contre onze l’an dernier, pour fêter les cent vingt-cinq ans de la distinction. Elles ont lu la dépêche en comptant les zéros sur les doigts d’une seule main, ce qui, pour Elles, est un exploit arithmétique.
🏅 1. Un million, c’est un prix ou un pot-de-vin ?
Elles n’ont rien contre l’argent, pourvu qu’il soit dépensé en machines irrationnelles ou en ciboires de contrebande. Mais un prix qui augmente avec les années finit par ressembler à une croyance qui s’indexe sur l’inflation : plus il est gros, plus on le sacralise. L’e.l.s.a. propose l’inverse, un protocole où le public tranche en trois couleurs, sacraliser, détruire ou mépriser, et où personne ne reçoit un chèque, pas même la machine.
📚 2. Kurt Blinis ouvre le registre
Kurt Blinis, convoqué pour éplucher les anciennes cérémonies, est arrivé avec ses disquettes gondolées et son blini sur le crâne, et a immédiatement signalé que le chapitre VIII du Catena contient déjà plus de biographies qu’il n’y a de lauréats. Il a retrouvé, au fond d’un dossier ficelé, des lettres qu’on dirait écrites en alphabets oubliés, dont l’une, a-t-il affirmé, prouve qu’un lauréat de 1903 avait déjà refusé la médaille pour cause de bêtise documentée. Il en reprendra volontiers un, de lauréat, mais pas avant d’avoir classé les autres.
🔭 3. Qui parie sur qui ?
Pendant que les comités délibèrent, le reste du monde parie. Les paris à très long terme existent depuis longtemps pour ça, et les forums de jadis nous ont appris que tout le monde sait mieux que le jury. Elles proposent un pari plus simple : un physicien, une romancière et un militant de la paix entrent dans un bar, et c’est le bruit de fond qui remporte le prix. Rien d’étonnant : les vieux fichiers texte racontent depuis trente ans que la gloire est un fichier mal nommé.
🕊️ 4. La paix, le 9, et tout le reste
Le vendredi 9 octobre, la paix sera décernée à quelqu’un, et il faudra que le monde le croie. Elles préfèrent saluer en passant ceux qui la réclament sans médaille, comme Gush Shalom, ou ceux qui font circuler les idées librement, de l’EFF à l’Adullact, et de Bureau d’études aux pirates du vieux Zope. Les plus curieux iront aussi regarder du côté de la contre-information, du vortex de speedyjack et de la musique soviétique, qui n’a jamais eu besoin d’un jury pour s’imposer à tous les trottoirs.
Pour les plus patients, Periferico, l’atlas de l’art, Multiface, Christian Ristow et Davduf offrent des lauréats qui ne se savent pas encore lauréats.
Alors, un Nobel à un million, ça sacralise ou ça méprise ? Ça fait les deux, et c’est bien le problème : chaque prix sacralise celui qui le reçoit et méprise tous les autres, y compris ceux qui n’ont jamais su qu’il y avait un concours. Elles inviteront donc cette semaine chacun à se décerner à lui-même, en cachette, un petit prix de rien du tout, payable en blinis.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

