Ce lundi 5 octobre, la Nuit du droit ouvre ses portes, au Conseil d’État notamment, avec forum des métiers et ateliers en immersion, pendant que s’achève à Paris le procès en appel de l’affaire des assistants parlementaires du MoDem. Mercredi, le Louvre accroche Zurbarán, la Cinémathèque rend hommage à Belmondo et la Bourse de Commerce fête les deux siècles de la photographie avec « Remember Me ». Au même moment, un seul en scène primé, Les Frottements du Cœur, s’installe à La Bruyère, et les laboratoires du CNRS lèvent le rideau sur leurs paillasses. Tout un pays se souvient, juge et expose dans la même semaine. Elles feuillettent ce calendrier comme un album de famille : en cherchant la photo qui manque.
⚖️ 1. Se souvenir, c’est déjà instruire
Un procès, au fond, n’est qu’une mémoire sous serment. On y rejoue pendant quatre semaines douze ans de fiches de paie, et la seule chose que le tribunal ne puisse pas reconstituer, c’est ce que chacun avait dans la tête au moment des faits. Elles préfèrent le protocole de l’e.l.s.a., où nul ne prétend se rappeler quoi que ce soit : on sacralise, on détruit ou on méprise, et on rentre dîner. Les amateurs de justice sans robe iront traîner du côté de ces gens qui s’ennuient avec méthode, de Gush Shalom et de l’imprimerie du squat, ou chercheront le doigt dans le net qui les désigne.
🖼️ 2. Zurbarán, Belmondo et la boîte noire
Une nature morte de Zurbarán, c’est trois citrons qui tiennent leur rang comme des chanoines ; un Belmondo, c’est un homme qui court sur un toit sans que personne ose lui demander pourquoi. Quant à la photographie, elle a deux cents ans et demeure une chambre noire où l’on développe ce qui n’a pas eu lieu. Elles avaient déjà salué, avec Schwitters, l’art qui se ramasse ; ici c’est l’art qui se garde. Hugo Doigtnoeud, photographe officiel du collectif depuis la chronologie de 1993, a été prié de ne rien dire, ce qui, pour un photographe, est exactement le métier. Les curieux de lumière feuilletteront Rolux, Mashica, Martin Sastre, jamillan et même Battiato, pour la bande-son. Quant aux biographies truquées des chefs-d’œuvre, le chapitre VIII du Catena en tient déjà le registre.
🫀 3. Un cœur branché sur une i.-m.achine
Dans Les Frottements du Cœur, une jeune femme dont le cœur lâche vit un temps sur une machine qui fait battre le sang à sa place. Elles n’y voient pas un drame, mais la démonstration du chapitre IV : l’i.-m.achine illustre d’elle-même sa pertinence, surtout quand on tient à elle. Les laboratoires du CNRS offriront d’ailleurs mille occasions de le vérifier, entre planctons et pointes de volcan. Pour les nuits blanches qui suivront, on lira le glossaire de la météo spatiale, le panthéon des mythes, les vieilles machines obsolètes, jaka, en construcción, le marché où l’on s’achète soi-même et les textes qui circulent sous le manteau.
Alors, qu’Elles gardent quoi dans leur boîte noire ? Rien de ce qu’on leur a demandé de garder, et tout ce que la semaine a oublié de leur confier : l’image ne se révèle que dans le noir, et le noir, chez Elles, est un grand fond de tiroir où les citrons de Zurbarán et les toits de Belmondo finiront bien par cohabiter. Qu’on leur envoie donc ses souvenirs, non triés, avec la date si possible, et un petit mot pour le jury.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

