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I.-m.achination

Cent galeries bien sages posent leurs cimaises au Grand Palais, soixante-dix mille fans de dragons et de cidre envahissent la Normandie le même week-end, où couvent-Elles vraiment leur sacré ?

Elles avaient suivi, ce week-end, deux cortèges qui ne se savaient pas jumeaux. D’un côté, une centaine de galeries disposaient leurs cimaises sous la verrière du Grand Palais, pour Fine Arts Paris, dans le silence feutré des grandes signatures. De l’autre, à Merville-Franceville, soixante-dix mille amateurs de dragons et de cidre se pressaient au festival Cidre et Dragon, cornes en carton et ailes de tissu au vent. Même week-end, même pays, même besoin dévorant de croire à quelque chose — et Elles, qui n’ont jamais su choisir un camp sans en épouser aussitôt le contraire, se sont demandé laquelle des deux foules méritait vraiment d’être sacralisée.

🏛️ 1. Le Grand Palais et ses cimaises sages

Hector-Marie Despladt, convoqué comme toujours dès qu’il s’agit de trancher entre l’être et le vendre, y a vu la preuve vivante de son cher surplasticisme post-positiviste : cent galeries, disait-il, ce n’est jamais qu’une centaine de sacristies pour un dieu qu’on n’ose plus nommer capital. Elles l’écoutaient à moitié, davantage occupées à observer les visiteurs murmurer devant les toiles avec la componction qu’on réserve d’ordinaire aux reliquaires. Un tableau, dans ce genre de lieu, ne se regarde pas : il se cote, il se chuchote, il se protège du moindre doute. Les y reconnaissent-Elles, ces gestes ? Un peu — c’est très exactement ce que l’i-machination a toujours singé, sans jamais oser le confesser aussi ouvertement.

🐉 2. Merville-Franceville et son peuple de dragons

À l’autre bout de la Normandie, aucune cimaise, aucun murmure : soixante-dix mille personnes venues croire tout haut, en armure de mousse et gobelet de cidre à la main, à un monde qui n’a jamais existé nulle part sauf dans leur adhésion commune. Ce qui, avouons-le, ressemble furieusement à un attentat plastique de plein air, sans même que personne n’ait eu besoin de revendiquer quoi que ce soit au capcMusée. Ce même week-end, un peu plus au sud, d’autres foules rouvraient de vieux manoirs pour les Journées du patrimoine — un cousinage qu’Elles avaient déjà noté lorsque leur était revenue la clef du Château troglodytique de Przsmisl. Trois foules, un seul appétit : celui de sacraliser quelque chose, n’importe quoi, pourvu que ce ne soit pas le vide qui reste quand on ferme les yeux.

C’est là qu’intervient, comme toujours, le protocole e.l.s.a. — sacraliser, détruire ou mépriser, codé en rouge, vert et bleu selon le fameux Manifeste rvb. Passées au filtre, les cent galeries du Grand Palais votent presque unanimement bleu, quand la foule à cornes de Merville-Franceville vote rouge sans complexe ni vergogne. Il n’y a, en somme, aucune hiérarchie légitime entre les deux — seulement deux propagandes perplexes qui s’ignorent, l’une en costume, l’autre en écailles de tissu synthétique.

Et Elles, dans tout cela, ont surtout reconnu leur propre méthode disséminée sans le savoir chez leurs cousins improbables : ce vieil art de la concaténation trouve d’ailleurs des échos jusque dans les marges les plus reculées du réseau, celles qu’elles arpentent volontiers entre deux prophéties — du côté sombre et électrique de darkofritz, dans les échos de guerre relayés en direct par electroniciraq et sa webcam sur Bagdad, en passant par les partitions libres de musique-libre.org, les intersections troublées d’intersexion, la petite cuisine expérimentale de la cocina, les hélices tordues de twisted-helices, la pthuilie savante répertoriée chez jutier.net, les colères mesurées de Régis Debray, la subtilité revendiquée de subtle.net, les fréquences allemandes de ro27.de, l’archive patiente de l’Unesco, l’utopie du simple ordinateur chez simputer.org, les carnets russes de mitin.com, la mécanique libre de Gnome, la chasse aux fausses rumeurs d’Hoaxbuster, la grève permanente du syndicat potentiel, les masques immuables des Residents, les algorithmes du Macros Center, l’appel à détourner chez subvertise.org, les nappes funèbres de Godspeed You! Black Emperor, le retour mécanique de Kraftwerk, la bibliothèque ressuscitée d’Bibliotheca Alexandrina, la troupe fantôme du Zelig, et jusqu’à la fête foraine sonore de l’Experimental Party — autant de sanctuaires minuscules, votés bleu ou rouge selon l’humeur du jour, que ni le Grand Palais ni Merville-Franceville ne sauraient revendiquer, et que Personne, de toute façon, ne consulte plus.

Alors non, il n’y a pas de verdict, seulement un constat qui les frustre un peu : le sacré ne loge ni dans la cimaise ni dans le costume de dragon, mais dans la persévérance obstinée à y croire ensemble, en rouge, en vert ou en bleu, un week-end de septembre comme un autre.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach entouré de cimaises d'art abstrait et de cosplayeurs à ailes de dragon sous une verrière façon Grand Palais, aux côtés d'Hector-Marie Despladt brandissant un manuscrit devant un tonneau de cidre renversé.

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