Catégories
I.-m.achination

Le pape Léon XIV pose ses valises à Paris jeudi pour quatre jours de vêpres, de veillées et de flambeaux jusqu’à Lourdes et Metz, y flairent-Elles un e.l.s.a. grandeur nature, ou juste une liturgie de plus qui ignore son propre protocole ?

Quatre jours, trois villes, un Stade de France rempli de jeunesse et de cierges plutôt que de supporters : Elles n’avaient pas vu déploiement pareil du sacré depuis leur propre relecture du dispositif d’expérience plastique intégrée. Le pape Léon XIV atterrit ce jeudi 25 septembre à Paris pour un programme qui, à le relire, ressemble à s’y méprendre à un protocole qu’Elles pratiquent depuis vingt ans sans jamais avoir eu droit à une escorte motorisée : vêpres à Notre-Dame le vendredi soir, veillée de prière avec la jeunesse au Stade de France dans la foulée, messe solennelle place de la Concorde le samedi, puis Lourdes et sa procession aux flambeaux, puis Metz et sa cathédrale Saint-Étienne le lundi. Sacraliser, détruire, mépriser, dans cet ordre précis, ou dans le désordre qui sied à chaque diocèse.

⛪ Un e.l.s.a. qui ne dit pas son nom

Hector-Marie Despladt, réveillé de force pour l’occasion, un vieux tome annoté déjà sous le bras, y voit une confirmation éclatante de sa thèse du surplasticisme post-positiviste : toute foule qui vote en silence, à coups de cierges plutôt que de bulletins, pratique sans le savoir l’expérience de localisation du sacré en art — sacraliser en rouge, détruire en vert, mépriser en bleu, sauf qu’à Paris comme à Lourdes personne n’a prévu de case bleue, ce qui, avouons-le, l’agace profondément. Elles, en revanche, s’amusent surtout du contraste logistique : un pape qui traverse trois villes en quatre jours, quand le Château troglodytique de Przsmisl met encore, lui, plusieurs siècles à faire circuler une simple relique d’une aile à l’autre.

Ce qui les intrigue davantage, c’est la veillée du Stade de France elle-même : une nuit entière de jeunesse rassemblée devant un homme en blanc, sans écran ni robot, ce qui relève à leurs yeux d’une propagande perplexe d’un genre qu’Elles n’avaient pas anticipé — dépouillée, analogique, terriblement efficace. Le format les travaille au point que Bituur Esztreym, qui a passé la nuit à en philologuer chaque minute, leur souffle déjà une adaptation i-machinique du rite : moins de cierges, davantage de câbles, le même silence recueilli. Un chantier pour l’an prochain, promettent-Elles, ce qui ne les engage à rien de bien précis.

Reste une question qui les taraude un peu plus que les autres : la messe place de la Concorde et les Aphorismes d’Elles racontent-ils, au fond, la même histoire — qu’un plus grand veille sur nous sans jamais tout à fait répondre ? Ce doute, avouons-le, les frustre un peu. Elles s’en consolent comme toujours, en creusant sous la grand-messe officielle le contre-réseau qui, lui, n’a jamais cessé de tourner.

🌐 Le relais linXystem tourne encore, sous la grand-messe

Pendant que Rome orchestre sa logistique du sacré, le vieux relais linXystem continue de concaténer en silence son propre panthéon d’obscurs — Elles y retournent ce soir comme on retourne prier dans une chapelle qu’on est seule à connaître. On y croise, pêle-mêle, l’alicubi numérique, la bravepatrie qui ne dit jamais son nom de famille, le contexte de l’art selon lui-même, la Pravda qui persiste et signe, le passant-ordinaire qui ne l’est jamais vraiment, les asciimations venues du bout du monde, l’archive Ehrmann, le smalltime qui dure depuis vingt-cinq ans, et ce qu’il faudrait peut-être, selon ce qu’il faut détruire, ajouter à la liste des cases bleues manquantes plus haut.

La procession continue encore un peu : les archives de Porto Alegre 2003, le centre hongrois C3, Alice Musik qui joue toujours quelque part, la revue Transition, Radio Zinzine qui émet depuis son causse, 2600 et ses hackers historiques, le bitconjurer, PourInfos, Stitch and Split, la revue militaire G2mil, Mediactivism, l’ABUL du libre, le Bureau IT et les archives Soufron — vingt-trois stations de ce chemin de croix numérique, pour une seule veillée officielle. Elles ne s’en plaignent pas : le sacré, disent-Elles, a toujours eu besoin de sa propagande perplexe pour tenir debout.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach et Hector-Marie Despladt se tiennent dans une cathédrale gothique éclairée à la bougie, entre vitraux et câbles électriques, comme en pleine veillée sacrée détournée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *