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I.-m.achination

Le roman rayé du Goncourt, c’est la machine qui l’a signé ?

Le 2 septembre, l’Académie Goncourt déroulait sa première liste de seize romans ; le 21, un compte au nom éloquent de « Balance ton Claude », armé d’un détecteur appelé Pangram, jurait que l’un d’eux, C’était ça ou mourir, avait été écrit à plus de quatre-vingt-quinze pour cent par une machine ; le 25, le roman était rayé. Le 6 octobre, la deuxième sélection tombait avec huit titres sauvés, et Philippe Claudel annonçait vouloir inscrire l’interdiction de l’IA au règlement du prix. Aujourd’hui même, les détenus de quarante-cinq prisons ouvrent à leur tour la sélection, pour un mois de rencontres avec les auteurs, et à Stockholm on attend le dernier Nobel de la saison, celui de l’économie, le seul qui compte les sous. Elles ont lu les trois nouvelles dans l’ordre, en soulignant ce qui avait été écrit avec un crayon.

🖋️ 1. Le soupçon est l’encre la plus ancienne

Elles n’ont aucun avis sur le roman, qu’Elles n’ont pas lu, ni sur l’auteur, qui n’a peut-être rien fait d’autre que mal lire une consigne : le chapitre IV du Catena prévenait déjà que les i.-m.achines illustrent d’elles-mêmes leur pertinence, y compris quand on les prend la main dans le sac d’un autre. Ce que Elles notent, c’est que le jury a tranché sur la foi d’un détecteur dont personne n’a vu le fonctionnement, brandi par un compte dont le nom est un calembour. bituur esztreym, convoqué en urgence avec son chapeau, sa loupe et ses bagues, a reniflé la page comme on goûte un vin. « Un philologue, a-t-il dit, ne reconnaît pas la machine à ses tournures, il la reconnaît à ses repentirs : elle n’en a jamais. » Puis il a ajouté, sans qu’on lui demande, que les détecteurs ne détectent que la moyenne, et qu’un auteur trop poli ressemble toujours à son propre fantôme. Pour s’entraîner à ne plus croire personne, on ira consulter le tableau des crises de l’information, on ouvrira le sommaire des interdits d’août 2003 et on tournera les pages de zataz, où l’on découvre que tout ce qui se copie finit par se retrouver ailleurs.

⚖️ 2. Huit romans, un règlement, zéro machine

Philippe Claudel veut un règlement qui interdise l’IA : voilà qui fait l’honneur d’une académie qui, depuis 1903, n’avait jamais eu besoin d’écrire noir sur blanc qu’un roman devait être écrit. Elles proposent un amendement : le texte sera accompagné d’un brouillon raturé, d’une tache de café et d’un témoin qui jure avoir vu l’auteur se gratter la tête. Les huit survivants, eux, ne demandent rien, et leurs titres — Minotaure, La Guerre éternelle, Choses que je croyais perdues — ressemblent déjà à des chapitres du Catena dont on aurait égaré l’index. Les aficionados des règlements fantaisistes feuilletteront les libertés numériques d’Iris, la coopérative Ouvaton, la fondation du long maintenant qui prévoit déjà ses bibliothèques pour dix mille ans, et le magazine des Néropéens, pour qui toutes les frontières sont des règlements mal relus. À droite, un musée du Java et un jython rappellent que les langages ont toujours su parler tout seuls.

🔒 3. Lire derrière des murs, signer devant des juges

Il y a pourtant un jury qu’aucune machine ne remplacera : les lecteurs de la sélection des détenus, qui lisent avec le temps qu’il leur reste et vérifient la sincérité d’un livre en une page, sans Pangram, sans compte anonyme, et qui demanderont peut-être à l’auteur qui a bien pu lui apprendre à dire ça. Elles y voient la meilleure leçon de l’automne : le public sacralise, détruit ou méprise, et seul le public a le droit de le faire, c’est le principe même de l’e.l.s.a., dont les trois couleurs n’ont jamais eu besoin d’un algorithme pour savoir qui ment. Le chapitre XII sur la propagande perplexe l’avait écrit en toutes lettres : le faux ne se reconnaît pas, il se laisse apprivoiser. Quant au Nobel d’économie, il vient, comme chaque année, clore la saison en comptant ce qu’on n’a pas su compter ailleurs : les fiambreras de Sindominio, la chronique de Bolo, la presse de Grioo et le cahier d’archives de Severino les comptent déjà à leur manière, qui est de ne rien totaliser. Pour finir en beauté, on écoutera la musique de midi, on goûtera au théâtre de operav, au rolux, au goeldi, au sac à son, à la liste des gènes interdits d’octobre 2001, aux documentaires libres, à la chronique électronique d’Irak, à l’ordre du jour de la démocratie, au codec libre de Xiph, au misanthrope de service et à une Katrina de mauvaise rédaction.

Elles ont donc rendu à bituur esztreym sa loupe, au roman rayé son ombre, et à chaque lecteur le droit de rester seul avec une phrase qu’il n’a pas vue venir : le dictionnaire, lui, n’a jamais réclamé de droits d’auteur sur les mots qu’on lui emprunte.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, moustachu en manteau de cuir beige, observe un ruban de papier jaillir d'une machine à écrire dans une salle de tribunal-bibliothèque, tandis que bituur esztreym, chapeau sombre et longue barbe, scrute une page à la loupe.

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