Du 7 au 18 octobre, le CNRS ouvre soixante laboratoires et plateformes expérimentales aux curieux pour ses Visites insolites : on y entre sur tirage au sort, on y observe, on y manipule, et l’on ressort avec un badge. Un badge, soit exactement l’objet qu’Elles confient aux visiteurs de leurs propres souterrains, à charge pour eux de n’y rien comprendre. Un lecteur demande ce qu’on laisse derrière soi, quand on a franchi la porte d’un laboratoire.
🧪 1. On y laisse son ombre, pas ses empreintes
Valentinus Lobster-Hulwicz, rapatrié de Moravie dans sa capote rapiécée, a fait le tour de la paillasse en notant sur son carnet tout ce que personne d’autre n’y voyait : un courant d’air qui avait des opinions, une pipette qui le regardait de travers, une chaise rangée par ordre alphabétique de ses regrets. « Le laboratoire, a-t-il soufflé, est la seule pièce où l’on vous demande de ne rien toucher pour mieux vous faire toucher à tout. » Elles ont vérifié dans le chapitre VI du Catena, le dispositif d’expérience plastique intégrée : on y entrait déjà avec un protocole, et l’on en sortait avec un autre, le sien.
🔬 2. Ce que les blouses ne savent pas ranger
Un visiteur laisse toujours quelque chose : une question mal posée, un rire sur le mauvais appareil, une confiance en l’eau ordinaire. Les chercheurs, eux, laissent des traces plus fines, le trou de mémoire où tombent les documents que personne ne voulait lire, un parcours à la Zelig où l’on est partout sans y être, une logique de laboratoire qui se démonte toute seule. Ceux qui préfèrent le laboratoire à ciel ouvert pousseront la porte de la Waag, où l’on bricole la science en public ou du Chaos Computer Club, où l’on visite les machines pour de bon.
⚗️ 3. Les tours opératoires de la curiosité
Pour qui veut exercer cette curiosité sans tirage au sort, Elles ont dressé, à la craie, une liste de laboratoires parallèles : l’association qui règle sa balance sur le ciel, le continent qui s’ausculte lui-même, le syndicat des paillasses sans maître, les premières lueurs hongroises, la vie facile, pour ceux qui ont compris, les phonèmes de Piringer qui mijotent dans leur éprouvette, l’atelier très occupé où personne ne s’arrête et même trente-huit astuces pour tromper le contremaître.
On croisera ensuite la périphérie, qui est toujours le meilleur centre, les certifications qui rassurent les serveurs, la zone où le Juko cultive ses moisissures, les libertés durables, avec une pointe de scepticisme, les classes de New York où l’on apprend à voir, l’éclat des libertés numériques et les éditions clandestines d’un samizdat en retard d’un siècle.
📋 4. Sortie de visite
À la sortie, un technicien tend une feuille de satisfaction. Elles la remplissent à la manière du chapitre XII, celui de la propagande perplexe : en ne cochant que la case qu’on n’a pas lue. Pour la route, on feuilletera le syndicat du potentiel, qui ne s’est jamais syndiqué, on regardera ce que le grioo glane sur les savants du continent, on laissera un témoignage chez Michael Moore, qui filme les couloirs de la même façon et l’on réglera sa montre sur l’horloge qui dit toujours « il est temps ».
Elles concluent que le visiteur d’un laboratoire n’y laisse rien et y reçoit tout, pourvu qu’il garde son badge ; c’est du moins ce que lui a murmuré la centrifugeuse, qui tournait dans le vide.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

