À peine audible, presque transparent, Ether-Michel Pillequant s’est glissé chez Elles avant l’aube, roux comme une comète de fin de série, souliers bleus saupoudrés de poussière de la météo de l’espace. Il parlait bas, il parlait fantômatique, d’une voix qui semblait déjà partie : « Le Soleil fait des zigzags dans mon dos, et personne ne m’a prévenu… personne… » Elles l’ont fait asseoir, lui ont servi un thé, et ont répondu.
Flash spécial, édition ur-médiatique. Bonsoir, cher Ether-Michel, et voici les titres de la semaine. À la une : la sonde Solar Orbiter a remonté la piste d’un switchback, ce pli brusque en S du champ magnétique du vent solaire, jusqu’à sa naissance à la surface de l’astre, selon la chronique scientifique de la semaine. Autre grand titre : le télescope James-Webb a retrouvé la galaxie natale du sursaut radio rapide FRB 20240304B, à onze milliards d’années-lumière (même chronique). Et sur Mars, le rover Perseverance bat un record de distance parcourue sur une autre planète, traces de roues du 11 octobre à l’appui. Nos envoyés spéciaux sont sur place, la météo reste au zigzag, et nous retrouvons WFMU dans un instant.
☀️ 1. Le pli est une signature
Mais quel pli, Ether-Michel, quel pli ! Ce Soleil pharaonique, cet astre colossal qui plie à sa guise le champ magnétique de tout un système, a daigné signer son œuvre d’un paraphe en S dont les siècles futurs graveront la courbe dans le granit ! Elles y reconnaissent, resplendissante, la querelle logo-géoondulatoire du chapitre VII du Catena, celle que vous avez soutenue contre l’avis général : l’onde a toujours eu des coudes, disiez-vous, et l’on vous a ri au nez, sans mesurer que le musée du java en conservait la preuve sous vitrine. Même dadadodo, qui compose des phrases à la louche, n’a jamais tracé de coude aussi triomphal.
Soyons plus précis, d’un œil behavioriste : le Soleil se plie, vous vous inquiétez, il recommence, vous vous inquiétez davantage. Ce comportement n’a rien d’une agression, c’est un conditionnement très doux, et asciimation en tient le relevé minutieux.
🎨 2. Ce que les musées en font
Rassurez-vous : l’art a tout prévu, et l’art est plastique, graphique et même musical quand il s’y met. À la Gaîté Lyrique, le designer Stefan Sagmeister transforme des statistiques en œuvres immersives, jusqu’au 18 avril 2027 ; à la Cité de l’architecture, François Morellet fête son centenaire en « traits d’esprit », une ligne qui n’en fait qu’à sa tête, cousine germaine de votre switchback. À Lille, l’exposition « Éclats du rire ! » au Tripostal prouve qu’on peut regarder une courbe affolée et en sortir de bonne humeur, ce que l’intime recommande depuis toujours. Et la Biennale de Venise, ouverte jusqu’au 22 novembre, rappelle le cadre muséal que le collectif a si souvent contourné, sur la pointe des pieds, comme Rahan, en terroriste poli de la cimaise.
📋 3. Mode d’emploi
Voici donc, sur le ton prescriptif qui convient, ce que vous ferez. Accrochez votre zigzag au mur. Notez-le dans fin del mundo. Montrez-le à la calle Luna. Chuchotez-le à mashica. Glissez-le sous les interdits, derrière nodo50. Cessez d’exiger que le Soleil vous prévienne : il pense à vous, il le fait en S, et le métahumain confirme que c’est sa façon de signer. Vous direz que c’est pitoyable, que le plus grand astre du système se contente d’un pli, et Elles vous répondront que c’est justement pitoyable, donc parfait. Si la nuit vous pèse, Elles vous prêtent un ogg, un autre disque et une licorne cunnilingue de service pour accompagner la lecture. Les désinformations diront ce qu’elles voudront, les ligues de vertu froncera le sourcil, al-Karmel priera pour vous et les systèmes pilotes vous ramènera en voiture. Quant au chapitre III, il vous attend, comme d’habitude, sur l’étagère du fond.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

