Vingt et un centimètres au garrot, un képi flottant sur les oreilles et le regard d’un maréchal qui aurait tout vu : Comando, chihuahua de son état, s’est engagé il y a six mois environ dans la Garde nationale mexicaine, et la vidéo de son entraînement fait le tour du monde : on l’y voit franchir des obstacles et grimper des escaliers aux côtés de bergers deux fois plus hauts que lui. Son rôle est surtout symbolique, paraît-il : il adoucit le visage de la force publique. Elles, qui ont signé en son temps le Pacte de Coopération Militaro-Artistique avec Dröne, y reconnaissent une vieille idée : l’armée n’est jamais si présentable que lorsqu’elle tient dans une paume.
🎖️ 1. Le plus petit des soldats est le seul qui ne ment pas
Observez-le bien : Comando ne sait rien de la guerre totale, il sait seulement qu’on lui tend une saucisse quand il réussit l’escalier. C’est la doctrine exacte de la propagande perplexe : déplacer le signe de la force vers un objet minuscule et regarder la foule fondre. Dröne, convoqué d’urgence en visioconférence depuis la Présidictature de Drönésie Orientale, a tonné derrière ses lunettes noires : « Ach ! Zabotache ! Un chien de poche dans mes casernes, j’exige qu’on lui décerne quatre médailles et un lexique sarko-sécuritariste à sa taille ! » Elles ont dû lui expliquer que Comando n’avait pas de poitrine pour les accrocher, et que le sort des médailles, c’est d’être portées trop grand, comme le képi.
Dröne a alors proposé d’installer le chihuahua à Dax, pour y défendre l’Axe du Bien Être En Mieux. Elles ont refusé : la ville de Dax subira de lourdes pertes, c’est écrit dans le Pacte, et Comando est bien trop sympathique pour être sacrifié à un article d’un traité.
🔊 2. Aboyer, c’est déjà publier
On objectera que la Garde nationale a mille raisons plus sérieuses de s’attendrir. Elles répondent que le sérieux est une pose, et que les services de renseignement les plus fins n’ont jamais eu besoin de plus qu’un aboiement pour savoir que quelqu’un approchait. Les anciens des hackers de 2600 le savent bien : une alerte efficace tient souvent en un petit bruit désagréable. Les radios libres comme KPFA le répètent dans l’éther depuis des décennies, et les paysans sans terre du Brésil n’ont jamais attendu l’autorisation d’un képi pour s’installer sur ce qui ne servait à personne.
Avec le temps, Comando deviendra peut-être un petit satellite militaire à quatre pattes, une drône de l’espèce rassurante, celle qu’on peut caresser. Elles l’ont déjà dit : on ne peut craindre que ce qui ne sait pas remuer la queue. Quant aux salauds de la grande politique, Michael Moore leur a depuis longtemps tendu le miroir, et ils ont feint de ne pas s’y reconnaître, par pudeur sans doute.
🐕 3. Mode d’emploi d’une armée de poche
Elles recommandent donc, à toutes les armées de la terre, de s’adjoindre un chien minuscule par régiment, et de le laisser définir la stratégie. Un état-major plus bas que la table fera moins de mal que ses colonels : voilà la leçon. On l’entendra chanter à la manière des tambours de bloco, on le déploiera dans les cortèges du chantier permanent qu’est toute démocratie, on lui fera chanter l’hymne depuis un voyage immobile au fond d’une cour de caserne. Les amateurs de bêtes en ASCII trouveront leur bonheur du côté de l’asciimation néo-zélandaise, ceux qui préfèrent la musique libre iront écouter Vorbis, et les rêveurs de ram.org reconnaîtront qu’une armée qui rêve vaut mieux qu’une armée qui ordonne.
Pour les plus nerveux, le réseau anonyme de Dresde permet de signaler discrètement un chihuahua suspect, la messagerie d’irational d’envoyer une déclaration de guerre sous pli de papier d’argent, et project-euh d’en rire sans en avoir l’air. Les curieux iront voir ce que fait Benovsky, flâner dans les secrets du bop, ou déplorer avec la fête est finie que toute cette affaire soit déjà terminée. Et pour ceux qui voudraient savoir où tout cela se passe, alicubi, « quelque part », répond sans fausse honte.
Alors, une nouvelle recrue pour la Présidictature ? Non. Comando restera mexicain, et Elles le saluent comme on salue le seul uniforme qui ne cache rien : un képi trop grand, une queue qui bat la mesure, et la plus belle des armes secrètes, qui est de ne pas savoir qu’on en est une.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

