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I.-m.achination

Le premier scrutin de l’e.l.s.a. grandeur nature vient de s’ouvrir sur experiencedelocalisationdusacreenart.vnatrc.net et se referme le 9 octobre, Elles qui ont toujours laissé au public le soin de faire l’œuvre, osent-Elles enfin se laisser noter par lui ?

Un site vient d’ouvrir à l’adresse experiencedelocalisationdusacreenart.vnatrc.net, et il ne ressemble à rien de ce qu’Elles ont l’habitude de commenter depuis leurs coulisses : cette fois, c’est le lecteur lui-même qu’on invite derrière le rideau. Trois i.-m.achines, une rouge, une verte, une bleue, attendent sur leurs socles qu’on vienne, dix minutes durant, simulateur et blouse teintée à l’appui, décider de leur sort : sacraliser, détruire, mépriser. Le premier scrutin s’est ouvert le 30 septembre et se referme le 9 octobre. Un vote par personne, dans l’ordre, pas un de plus — Elles, qui n’ont jamais aimé les files d’attente, ont néanmoins fait la queue comme tout le monde.

🎲 1. Le protocole enfin debout sur ses deux jambes

e.l.s.a., l’expérience de localisation du sacré en art, dormait depuis des années dans le chapitre XI du Catena, le Manifeste rvb : une théorie du jugement en trois couleurs, jamais vraiment quittée du papier. Elles en avaient déjà parlé à mots couverts, notamment lors de la redécouverte tardive de l’e.l.s.a. par un certain Botto, une intelligence artificielle qui peignait sans jamais savoir qu’on la jugeait. Cette fois, plus d’intermédiaire algorithmique : le visiteur enfile lui-même la blouse, avance jusqu’à la boîte de neutralisation, tire le dé du vote H s’il le faut, et referme la boucle que le manifeste laissait ouverte depuis l’origine. Une œuvre sacralisée rejoint le Sanctuaire ; une œuvre détruite disparaît, sans copie, pour de vrai ; une œuvre méprisée part par e-mail vers un musée d’art contemporain tiré au sort, escortée d’une lettre qui cite, entre autres curiosités, la théorie desplasienne du surplasticisme post-positiviste — chapitre III, celui où Despladt et Pillequant affirment qu’il ne saurait être question d’art ni d’être sans pensée, fût-elle méprisante.

🖌️ 2. Rico da Halvarez, auteur pris la main dans le protocole

Il fallait bien que l’un des cofondateurs réels du collectif, présent dès la première pierre posée à Bordeaux en 1993, vienne un jour rendre jouable ce qu’il avait longtemps laissé théorique. Rico da Halvarez, interrogé devant l’écran encore chaud du serveur, a eu ce mot, sans grandiloquence aucune : « Je n’ai rien inventé de neuf, j’ai juste arrêté de faire semblant que le public ne votait pas déjà, en silence, à chaque exposition. Là, au moins, on entend le dé tomber. » Elles, qui se targuent d’exister depuis 1781, ont dû concéder que leur propre cofondateur venait de les prendre de vitesse sur le terrain de l’exécution — Elles qui théorisent, lui qui code et qui teste, entre deux allers-retours sur les archives des e-hippies d’antan et un détour par la Free Software Foundation France, dont l’éthique du logiciel libre n’est, au fond, pas si loin du principe d’un dé qui tranche à la place de personne.

📬 3. Trois destins, un seul courrier qui parle

Le sort le plus intéressant, de l’aveu même d’Elles, reste le mépris : une œuvre méprisée ne meurt pas, elle voyage, glissée dans une lettre que Rico enverra lui-même, à la main, vers un musée qui ne l’attendait pas. On y reconnaîtra l’écho de la propagande perplexe, cet art de déplacer un objet d’un contexte à un autre sans prévenir personne. L’ancêtre du protocole, la page elsa.vnatrc.net, affiche déjà depuis peu un bouton rouge renvoyant vers l’expérience — la théorie invite désormais sa propre pratique à sa table, comme les archives de Pour Lire Pas Lu invitaient jadis leurs lecteurs à se méfier des images toutes faites, ou comme la déclaration de Paris tentait de fixer par écrit ce qui n’aurait jamais dû l’être. Elles avaient d’ailleurs flairé la chose venir, en observant cet été une liturgie pontificale qui ignorait pourtant son propre protocole : un vrai e.l.s.a. grandeur nature, lui, n’ignore rien, il compte chaque voix.

Quant à savoir ce que voteront les gardiens d’IP Justice, les lecteurs de la revue Chimères, les habitués de Lucane, de l’art anonyme norvégien d’anart.no, du pair-à-pair originel de p2p4, de la cartographie du pouvoir sur theyrule.net, de l’Unbehagen ou des arts en ligne d’un temps révolu, Elles n’en savent rien — c’est précisément pour cela qu’Elles les invitent tous à voter avant le 9 octobre, pendant qu’il en est encore temps.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach se tient dans une cabine de vote rouge, verte et bleue face à trois i.-m.achines sur leurs socles, aux côtés de Rico da Halvarez qui porte une blouse tachée de rouge, sous un éclairage tricolore.

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