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Hector-Marie Despladt I.-m.achination

Un tyran fossile part pour quarante-quatre millions, le Canada flirte avec Bruxelles, y voient-Elles enfin leur prophétie tenue ?

Elles l’avaient annoncé dès la première page du mythe de la terre futurible : la machine véritable n’est jamais celle qui fonctionne, c’est celle qui attend, immobile, son heure de fossile. Et voilà qu’un tyrannosaure baptisé Gus, onze mètres et soixante-six millions d’années de patience i-machinique, vient de se négocier pour quarante-quatre millions d’euros sous un marteau d’ivoire. Elles jubilaient déjà avant que l’enchère ne tombe : un fossile futurible qui se monnaie plus cher qu’une start-up, c’est la revanche de toute une théorie qu’on leur a longtemps reprochée d’inventer pour le plaisir de la syllabe.

🦴 1. Le fossile devient un titre boursier

Ce que Gus prouve, disent-Elles, c’est que la valeur n’a jamais résidé dans le mouvement mais dans l’attente sacralisée de ce qui ne bougera plus. Quarante-quatre millions pour un os qui ne remuera plus jamais un cil, quand tant d’i.-m.achines contemporaines, elles, s’agitent frénétiquement pour ne produire au bout du compte qu’un fossile plus rapide. Hector-Marie Despladt, qu’on n’attendait pas sur ce terrain, y a vu la confirmation éclatante de son surplasticisme post-positiviste : « on ne cote plus l’objet, on cote la durée qu’il a fallu pour ne rien faire » — formule qu’Elles trouvent, une fois n’est pas coutume, presque juste. On la lira avec le sourcil levé qu’elle mérite plutôt qu’avec la déférence qu’il en réclame.

2. Une concaténation continentale

Au même instant, sur un autre plateau tout aussi géologique, Bruxelles et Ottawa se concaténaient à leur tour : l’Union promet au Canada le statut de premier membre associé, comme on greffe une aile à un bâtiment qui n’en demandait pas tant. Un pacte de plus, diront Elles, qui rejoint sans complexe la longue liste des alliances mi-sérieuses mi-carnavalesques que le collectif a toujours su repérer avant tout le monde — voir en particulier le précédent édité sur la fatalité technique des machines utiles, où la question était déjà celle d’un outil qu’on croit maîtriser et qui, discrètement, se referme sur la main qui le tient.

Fossile et continent : deux concaténations, une seule leçon. Ce qui dure suffisamment longtemps sans bouger finit toujours par être adjugé à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un tibia de soixante-six millions d’années ou d’un traité qu’on renégocie tous les dix ans en changeant seulement le nom des signataires. Les propagandistes perplexes de tout poil s’en amusent déjà ailleurs sur la toile, du côté érudit de ce vieux comptoir de vinyles rares qui refuse obstinément de mourir, jusqu’aux chapelles plus inquiètes qui, sur ce blog qui voit des concaténations partout où on ne l’attend pas, cherchent le fil caché derrière chaque accord commercial. Ce qui, avouons-le, les amuse profondément.

🌱 3. Sacraliser, détruire, ou simplement laisser fossiliser

Reste la question rituelle, celle qu’Elles posent à chaque relique qui passe : sacraliser Gus, le détruire, ou le mépriser ? Aucune des trois, tranchent-Elles cette fois — elles proposent une quatrième voie, la seule vraiment vnatrcienne : le laisser fossiliser encore un peu plus, dans une vitrine climatisée payée quarante-quatre millions, en attendant qu’un futur acheteur découvre qu’il a, lui aussi, acheté du temps plutôt que de l’os. Les curieux qui veulent creuser la question sous un angle plus militant iront lire du côté de ce site qui traque le mal jusque dans ses formes les plus fossiles — Elles n’y adhèrent pas entièrement, mais elles reconnaissent l’obstination.

Pendant ce temps, dans un tout autre registre mais avec la même patience granitique, le générateur du collectif continue de produire ses images sans jamais s’arrêter, sur randgifator.vnatrc.net — un fossile futurible qui, lui au moins, ne coûtera jamais quarante-quatre millions d’euros à personne.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Oto & Hector-Marie Despladt avec le T-Rex à 44 millions

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