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I.-m.achination Rico da Halvarez

Une machine utile qui vous fiche n’est pas une fatalité technique

En 1996, avec Raphaëlo de Vicienti, j’écrivais noir sur blanc, dans le chapitre II du Catena : « UNE MACHINE QUI NE SERT A RIEN EST UNE MACHINE A IMAGINER. » Trente ans plus tard, l’actualité m’offre la preuve par l’absurde que l’inverse tient tout autant : une machine qui sert effectivement à quelque chose — en l’occurrence trier six millions de demandeurs d’emploi — est une machine à surveiller, et son imagination s’arrête pile là où commence le fichier.

France Travail a déployé un outil de profilage algorithmique dont la seule qualité, documentée par l’enquête de La Quadrature du Net, est l’efficacité — au sens le plus policier du terme. Score de risque, catégorisation automatique, contrôle renforcé pour les mal notés : il y a trente ans, on appelait ça de la science-fiction bureaucratique. Aujourd’hui, ça s’appelle un marché public, et personne ne semble trouver ça absurde à part quelques associations et, accessoirement, moi.

Pendant ce temps, une autre machine de contrôle vient de perdre, dix-sept ans après sa naissance. Le 30 avril 2026, le Conseil d’État a jugé illégal le traitement de données personnelles de la réponse graduée Hadopi — victoire obstinée de La Quadrature du Net et de la Fédération FDN. Dix-sept ans, c’est long pour gagner un procès contre un fichier ; c’est dérisoire comparé au temps qu’il aura fallu à ce fichier pour exister, prospérer, et coûter cher à tout le monde sauf à ceux qui l’ont vendu.

J’ajoute, parce que la même semaine s’y prêtait, l’enquête de Reflets révélant que info.gouv.fr, le site officiel du gouvernement français, continue de transmettre les données de ses visiteurs à une dizaine de prestataires privés — Google, OpenAI, Cloudflare, Eulerian — même lorsque les cookies sont refusés, via un sous-domaine à l’intitulé aussi rassurant qu’un uniforme repassé. Trois dossiers, une seule bête : le contrôle qui s’habille en service public, en sécurité, en modernisation.

Ce n’est pas un sujet neuf pour moi. Le chapitre XI du Catena documentait déjà, en 1998, un protocole conçu pour l’inverse exact de ce que fait France Travail : un dispositif pensé pour forcer les canaux RVB à révéler ce qu’ils cachent, jamais pour ficher qui que ce soit — toujours visible en fonctionnement sur elsabots.vnatrc.net. La différence entre les deux usages d’une même logique algorithmique, c’est toute la politique — et elle tient en une phrase que j’aurais pu écrire hier plutôt qu’en 1996.

Je note, non sans un sourire, qu’Ether-Michel Pillequant vient lui aussi, à sa manière nettement plus compassée, de faire l’éloge de l’authenticité contre les faussaires de la création sur ce même site, cette même semaine. Nous ne partageons ni le ton ni le registre, mais force est de constater qu’on tape sur le même clou depuis deux directions différentes.

Pour qui voudrait remonter aux sources de cette colère plutôt que de m’en croire sur parole, le canal linXystem garde encore quelques repères utiles : hacktivismo.com pour la désobéissance civile numérique, vie-privee.org et anonymat.org pour l’outillage concret, librelogiciel.com pour ne jamais oublier qu’une alternative existe déjà — elle a juste moins de budget communication.

Une machine utile qui vous fiche n’est pas une fatalité technique. C’est un choix budgétaire. Il en existe d’autres, et certains sont même gratuits.

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Fichiers hackés

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