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I.-m.achination

Une algue qui allume des neurones, ça se lit comme un roman ?

Une algue verte, microscopique, qui n’a jamais lu un livre de sa vie, vient de valoir à trois chercheurs le prix Nobel de médecine 2026 : Peter Hegemann et Georg Nagel y ont déniché une protéine sensible à la lumière, et Karl Deisseroth en a fait un interrupteur pour les cellules nerveuses, ce que l’Inserm raconte sous le nom d’optogénétique. Pendant ce temps, l’Académie Goncourt, qui a dévoilé en septembre seize romans pour sa cent vingt-quatrième édition, resserre l’étau jusqu’à huit : parmi les seize figurent des « Choses que je croyais perdues » et une « Guerre éternelle », titres qu’Elles auraient volontiers signés. Un interrupteur d’un côté, un tri de l’autre : la semaine allume et éteint comme un vieux standard téléphonique.

💡 1. Allumer un neurone, ce n’est pas lui parler

Elles saluent la prouesse sans cérémonie : on envoie un éclair bleu, la cellule s’agite, et la science appelle cela comprendre. Le chapitre IV du Catena disait déjà que l’i.-m.achine illustre d’elle-même sa pertinence, pourvu qu’on la laisse clignoter ; l’algue n’a fait que le démontrer à l’échelle du millième de millimètre. Pour qui veut s’exercer au clignotement sans laboratoire, il existe des virtualistes qui ne touchent à aucune cellule, des connexions de net-art qui font la même chose avec des pixels, et un atelier de dépose où les objets s’abandonnent d’eux-mêmes.

📖 2. Seize romans, huit survivants

Un jury qui élimine huit livres sur seize fait, à sa manière, de l’optogénétique : il éclaire une moitié de la bibliothèque et laisse l’autre dans le noir, sans jamais expliquer quelle lumière il a employée. L’e.l.s.a. procède autrement, en laissant le public choisir entre sacraliser, détruire ou mépriser, et en comptant les couleurs au lieu des ego. Valentinus Lobster-Hulwicz, convoqué à ce sujet, est arrivé de sa Moravie avec son carnet et a déclaré, les yeux écarquillés, qu’il voyait déjà les huit élus clignoter au-dessus du Drouant, un par un, comme des diodes sur un tableau de bord ; il a ajouté que le neuvième, celui qu’on a retiré, brillait plus fort que les autres. Personne n’a osé vérifier. Ceux qui veulent lire sans jury iront du côté de la logique mathématique en roue libre, de la planète en réseau et de la pensée libre, qui n’ont jamais décerné le moindre prix, pas même à elles-mêmes.

🌿 3. Ce que l’algue n’a pas dit

Personne n’a demandé son avis à l’algue, qui n’a pas non plus réclamé de médaille : c’est la lauréate idéale, celle qui éclaire sans signer. Elles y reconnaissent un air de famille avec le fossile futurible du chapitre I, cette matière qui travaille pour demain sans savoir qu’on la regarde. Les lecteurs de la planète entière en tireront une morale d’écologie, les amateurs de logiciels libres y verront un code source en accès ouvert depuis trois milliards d’années, et les adeptes de réseaux sans maître n’y verront rien, ce qui est précisément la méthode. Quant aux curieux de projets au nom de maladie, d’un virus bien nommé ou d’un test en version alpha, ils trouveront de quoi occuper un mois d’octobre.

Un roman, tout compte fait, s’allume comme un neurone : il suffit qu’une lumière vienne de l’extérieur et que quelque chose, à l’intérieur, accepte de répondre. Elles n’ont pas besoin de la protéine pour cela ; il leur suffit d’une phrase mal tournée posée sur la paillasse, et d’un lecteur assez distrait pour la trouver brillante. Qu’on laisse donc, ce soir, une page ouverte près de la fenêtre : on verra bien qui clignote.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, moustachu à lunettes rondes, observe une algue lumineuse reliée par des fibres optiques bleues dans un bassin de laboratoire, pendant que Valentinus Lobster-Hulwicz, en capote morave, griffonne dans son carnet devant une pile de romans.

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