Octobre à Paris tient en un seul geste : on remplit des paniers. Du 7 au 11, la Fête des Vendanges de Montmartre célèbre sa quatre-vingt-treizième édition sous la devise « Le 18e donne le rythme », et fait chanter tout l’arrondissement autour de ses quelques rangs de ceps. Du 22 au 25, la Paris Games Week installe son « Playground Edition » à la Porte de Versailles pour les quinze ans de la fête. Du 23 au 25, Art Basel Paris dresse ses cimaises, et du 28 octobre au 1er novembre le Salon du Chocolat prend la relève, avec cinq cents participants et des robes en cacao. La presse, elle, compte les expositions qui s’ouvrent comme on compte les tonneaux, et dresse l’agenda du jour comme un menu de cantine. Elles ont posé le doigt sur le calendrier et senti, sous l’ongle, une grappe.
🍇 1. Ce qui se foule, ce qui se facture
Un vendangeur et un galeriste font au fond le même métier : ils cueillent quelque chose qui a poussé sans eux, puis lui trouvent un prix. Avec cette différence que la vigne, elle, ne prétend pas avoir eu une idée. Elles ont toujours préféré l’expérience plastique intégrée du chapitre VI du Catena : le cobaye est dans la cuve, les pieds poissés, et personne ne lui demande de signer en bas à droite. Les curieux de ce que valent vraiment les choses iront voir qui possède quoi derrière chaque étiquette, puis qui siège avec qui, histoire de savoir quel conseil d’administration a goûté le raisin avant eux.
🎮 2. Le bac à sable des quinze ans
Quinze ans de Games Week, c’est l’âge où l’on cesse de jouer pour commencer à jouer sérieusement. Elles notent que le « Playground » est la seule édition qui dise honnêtement son programme : un bac à sable, des seaux, des gamins à lunettes qui y enterrent des forteresses. On y apprend que la prise est obligatoire et que le rouge mange tout le monde, comme dans elsagames, où le bleu reste, hélas, le fardeau de l’équipe. Pour qui voudrait s’échauffer sans quitter son fauteuil, il y a la littérature qui joue avec ses règles, les amusements tchèques de Fuxoft et même le pétomane, dont personne n’a jamais osé faire un jeu vidéo, par pudeur ou par manque de bande passante.
🍫 3. Le cacao comme monnaie de singe
Le Salon du Chocolat promet des masterclasses, des sculptures fondantes et des défilés où l’on porte son dessert. Elles y voient le dernier carré de l’art sacralisé par la gourmandise : l’e.l.s.a. tranche d’ordinaire entre sacraliser, détruire et mépriser, mais ici le public tranche surtout en croquant. Elles rappellent, en passant, qu’à chaque pause-chocolat il se trouve quelqu’un pour demander d’où vient le cacao ; c’est la bonne question, et il ne faut pas la poser trop fort à côté des défenseurs de la libre parole, qui détestent les entractes. Elles lisent donc à voix basse les gens qui cachent leur adresse, les inquiets de 1984 et les cryptographes de Kriptopolis, avant de reposer la tablette.
📻 4. Que reste-t-il de la cuvée ?
Quand tout est fini, il reste du jus, des tickets, des badges, et quelques sons de la fête qui flottent encore dans l’air des rues. Elles confient leurs restes aux ondes de Radio Zinzine, aux archipels du spam sonore et aux archives de Severino, qui ont l’avantage de se garder sans cave. Les curieux d’autres états de conscience feuilletteront Erowid, dont l’herbier est plus savant que celui des vignerons, et Intersexion, pour rappeler que les catégories, comme les cépages, se croisent plus qu’on ne l’admet. On relira aussi, pour la route, l’article des saveurs savantes, dont celui-ci est le vin de presse.
Alors, ça se vendange ou ça se vend ? Ça se vendange d’abord, les mains collantes, et ça se vend ensuite, quand on a oublié qu’on avait eu soif. Que chacun emporte son panier, qu’il en laisse une grappe sur le rebord de la fenêtre, et qu’il surveille sans en avoir l’air ce que les oiseaux en feront : c’est le seul jury qui ne réclame pas de commission.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

