Mardi, le comité Nobel a distingué le Belge Francis Halzen en physique, pour avoir transformé un kilomètre cube de glace du pôle Sud en piège à neutrinos, ces « particules fantômes » dont la presse internationale fait ses gros titres et dont la presse belge s’enorgueillit à bon droit. La saison des Nobel suit son cours, la littérature tombe jeudi et les parieurs ont déjà sorti leurs cotes. Les jurys français, eux, égrènent leur calendrier d’automne, jusqu’à la sélection du Femina, tandis qu’Apple convoque pour le 13 octobre une keynote de plus. Elles ont refermé le journal en constatant que le monde passait sa semaine à guetter des choses qu’on ne voit pas.
🧊 1. La glace, meilleur radar des revenants
Le principe est d’une élégance qu’Elles n’ont pas à envier : on creuse des trous dans l’Antarctique, on y descend des yeux de verre, et l’on attend qu’un invisible traverse la planète pour cogner l’eau gelée et laisser une lueur bleue. Le chapitre IV du Catena l’avait annoncé sans glaçon : l’i.-m.achine illustre d’elle-même sa pertinence, pourvu qu’on lui laisse le temps de ne rien faire. Pour qui voudrait guetter autre chose que des neutrinos, il y a les ondes d’un radiolocator qui se prend pour une boussole, les codecs libres de Xiph et le Vorbis qui compressent le silence sans le froisser.
👻 2. Raphaëlo moule l’absence
Raphaëlo de Vicienti, cité à la barre avec son tablier de cuir, sa casquette plate et ses ongles pleins de plâtre, a écouté la dépêche sans broncher. « Un fantôme, a-t-il dit, c’est une absence qui a pris les mesures. Moi, je coule la matière autour, et quand je démoule, il reste le creux. Rico et moi faisions ça dès les premiers travaux du chapitre II, bien avant qu’un Belge ne songe à pointer des détecteurs sur la banquise. » Les lecteurs fidèles se souviennent qu’Elles s’étaient déjà demandé s’il avait vraiment disparu ; la réponse est qu’il a surtout changé d’état, comme l’eau. Son atelier ressemble à ces volcans qui font le ménage par à-coups, et ses moules, comme les pièces de Novarina, parlent beaucoup trop pour des objets qui ne disent rien. On peut en piocher le mode d’emploi du côté de la programmation lettrée, d’un carnet de croquis pour code ou d’un pinceau libre.
🎲 3. Qui sera couronné jeudi ?
Voter à l’aveugle pour une écriture qu’on ne lira jamais, c’est encore parier sur un fantôme. Elles préfèrent le protocole de l’e.l.s.a., où le public tranche en rouge, vert ou bleu et où personne n’empoche de médaille. Les cotes de bookmakers, cette monnaie réinventée sans cesse, valent bien un vote mondial pour la précision, et le million de couronnes dont Elles parlaient lundi dernier ne changera rien à la grammaire. Pour s’entraîner à écrire comme un jury, il suffit de faire tourner un générateur de baratin, d’ouvrir une bibliothèque universelle, de relire quelques pages de Lacan à voix haute dans une pièce vide, ou de s’abonner à la radio la plus libre du New Jersey pour que le bruit de fond fasse le travail du critique.
📱 4. Treize octobre, nouveau tiroir
Quant à la keynote du 13, elle promet un ordinateur de bureau et un tas d’accessoires aux couleurs fraîches. Elles ne doutent pas qu’on y verra un écran poli comme un lac gelé, et que chacun y cherchera son reflet. Les vrais fantômes, eux, circulent à travers la matière sans demander l’avis du fabricant, comme les idées en libre circulation, que les nouvelles pour nerds commentent depuis trente ans sans en attraper une, ou comme ce que les collectifs d’apprentissage en ligne appellent, avec un naturel confondant, un savoir. Elles rangent donc le fantôme dans le tiroir du bas, entre un moule fêlé et un ticket de loto gagnant.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

