Le 16 octobre, la FAO célèbre à Rome sa Journée mondiale de l’alimentation sous la bannière « Innover aujourd’hui pour nourrir demain ». Douze jours plus tard, du 28 octobre au 1er novembre, la Porte de Versailles ouvrira son Salon du Chocolat, trente et unième du nom. Un lecteur, qui a visiblement lu les deux programmes dans la même file d’attente, demande si l’on invente le repas de demain avant de le goûter, ou l’inverse.
🍫 1. Le futur se moule, il ne se mange pas
Raphaëlo de Vicienti, appelé d’urgence avec son tablier de cuir et sa casquette plate, a mordu dans un bloc de cacao pur en déclarant que le futur a toujours la consistance d’un plâtre qu’on n’a pas encore décoffré. Les premiers travaux du chapitre II du Catena en témoignent : il sculptait déjà ce qui n’existait pas encore, à charge pour les autres de décider si cela se mangeait. Pour se faire la dent, on ira voir ce que fabrique l’atelier des objets qui n’ont pas de mode d’emploi, on écoutera la radio où l’on cuisine à voix haute et l’on rendra visite à la cuisine sonore d’Alice.
🌾 2. Innover, c’est goûter ce qu’on a oublié
La FAO demande d’innover pour nourrir demain ; Elles observent que la plupart des innovations alimentaires consistent à redécouvrir ce qu’un grand-père mangeait sans le dire. Le salon, lui, sacralise la fève et la praline avec une ferveur que le public n’accorde d’ordinaire qu’aux reliques. Elles avaient déjà goûté les saveurs savantes et le mois qui se vendange ou se vend : la conclusion était déjà, en gros, qu’on ne sait jamais très bien à quel moment la nourriture cesse d’être un concept. Les gourmands de l’ombre pousseront jusqu’à la distribution où personne n’est jamais seul à table, puis jusqu’à la gazette des réseaux qui se mangent entre eux.
📦 3. Le dessert des autres
Nourrir demain suppose aussi de savoir qui paiera l’addition d’aujourd’hui. Les marchands de fonds publics et les gardiens du savoir commun auraient là-dessus des vues, tout comme les comptables qui refusent de compter ou ceux qui tiennent trente-huit astuces pour tromper le maître-queux. Quant à ceux qui dorment sur leurs stocks, on les retrouvera du côté de l’entrepôt de Bram, la cuisine libre de ktus et la rubrique des fuites, où l’on apprend que les recettes aussi se piratent.
🎧 4. Cuisson lente
Au fond, Elles recommandent la cuisson lente : celle qu’on mène en écoutant la radio belge à l’air libre, ou les fichiers midi d’un groupe bordelais qui ne cuit plus, en vérifiant de loin ce que le virus aime dans le sucre, la zone où le Juko laisse lever ses moisissures, les certifications qui rassurent les fourneaux et le géant qui dit d’obéir à la recette. On n’invente pas demain à la louche, mais à la pincée : il suffit, pour que cela prenne, d’un peu de temps et d’un tamis assez fin.
Elles ont donc rangé une tablette dans le tiroir du futur, non pour la manger, mais pour que demain ait de quoi s’y casser une dent avec élégance.
v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

