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I.-m.achination

Quand on recule l’heure, où va l’heure en trop ?

Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre, à trois heures du matin, il sera deux heures : le pays reculera sa montre, dès la première date possible que le calendrier autorise. Autour de cette soustraction, tout s’additionne : le Mondial de l’Auto ouvre à la Porte de Versailles du 12 au 18 octobre, le public entrant dès le 13 ; Lyon allume son Festival Lumière du 10 au 18, avec un Prix Lumière remis aux frères Coen le 16 ; la foire Frieze London dresse ses tentes à Regent’s Park du 14 au 18 ; la Foire du livre de Francfort ouvre ses jours publics jusqu’à dimanche ; et aujourd’hui même, à onze heures d’Oslo, le comité norvégien doit lire le nom du Nobel de la paix. Elles ont additionné le tout et constaté qu’il manquait une heure au total.

⏪ 1. L’heure en trop n’a pas de domicile

Ether-Michel Pillequant, appelé en consultation dans son smoking vert et ses souliers bleus, a levé l’index chargé de bagues. « L’heure surnuméraire, a-t-il déclamé, est une géoondulation sans adresse : elle ondule, elle ondule, et nul n’en est le destinataire ». Il s’est ensuite lancé dans une dissertation baroque dont Elles ont retenu qu’il en connaissait la matière depuis la querelle logo-géoondulatoire du chapitre VII du Catena. Pour la ranger, il propose une chaussette, un bocal, ou le tiroir d’une logique aussi logilabile que possible. Elles, plus pratiques, suggèrent d’envoyer l’heure en trop au transmissor d’Interzona : on verra bien si quelqu’un la reçoit.

🚗 2. Du moteur à la lumière

Le Mondial de l’Auto est une fête où l’on admire des machines qui avancent, quand l’i.-m.achine, elle, préfère rester immobile à rêver de mouvement. À Lyon, au contraire, on regarde des images qui bougent en restant assis dans le noir, et deux frères viennent chercher leur prix à deux : voilà une récompense qui se partage mieux que la plupart. Les amateurs de réseaux sans chauffeur écouteront les ondes de Radio Zinzine, ou iront voir ce que fabrique electronetwork, ce que dessine Emily Chang, et ce que sonne le catalogue de Root Records.

🖼️ 3. Tentes, halls, Oslo

Sous les tentes de Londres, on vend du temps cristallisé en objets ; dans les halls de Francfort, du temps imprimé en pages ; à Oslo, du temps promis aux générations futures. Tous ces temps-là se paient en monnaie qui ne recule pas. Elles ont déjà donné leur avis sur le million des Nobel, et préfèrent aujourd’hui l’e.l.s.a., qui ne verse rien et ne retarde personne. Qui voudrait lire une histoire des barbaries à son rythme trouvera la version française de ce Kampf der Barbareien, ou fouillera un atlas de l’art, un bolgobol de rayonnage, un antimedia bien réglé, du côté de mashica ou de unux.

Elles recommandent donc, le 25 au matin, de ne pas jeter l’heure gagnée : qu’on la glisse dans une enveloppe sans timbre, adressée à personne, et qu’on la poste au hasard, avant que le facteur ne se souvienne qu’il est en retard.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, moustachu en manteau de cuir beige, tient une montre ouverte d'où s'échappe un ruban de lumière dorée sous l'immense horloge à l'envers d'une gare, tandis qu'Ether-Michel Pillequant, barbe rousse et smoking vert, tente de capturer l'heure en trop dans un bocal.

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