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I.-m.achination Rasmoulad

Un astronome amateur cherchait un coin de camping au Québec et il est tombé, sur une carte satellite, sur un cratère de 390 millions d’années, Elles qui ont inventé la terre futurible, ce trou-là, c’est un peu le Leur ?

Elles l’avaient prédit, et la chose est consignée noir sur blanc dans le premier chant du Catena, celui du mythe de la terre futurible : les machines, voyageant dans le temps, verront « le nombre de leurs ans se compter en millions ». Or voici qu’un astronome amateur, Joël Lapointe, penché sur une carte satellite pour dénicher un coin de camping sur la Côte-Nord québécoise, tombe sur un cercle de vingt-cinq kilomètres enfoui depuis 390 millions d’années, près du lac Marsal. Uhackatik, l’ont baptisé les géologues après consultation du Conseil des Innus d’Ekuanitshit. Elles n’en sont pas surprises le moins du monde : Elles y avaient planté leur tente bien avant le Dévonien.

🛰️ 1. La machine qui regardait vers le bas

Remarquez l’ironie, qui les ravit : ce n’est pas le télescope, cette longue-vue tournée vers les étoiles, qui a trouvé la cicatrice céleste, mais l’œil satellitaire, cet espion en orbite qui ne sait que fixer le sol. Voilà une i.-m.achine exemplaire, de celles qui, selon le chapitre IV, illustrent d’elles-mêmes leur pertinence : conçue pour guider les automobilistes et fliquer les distraits, elle finit par exhumer un fossile futurible sans même l’avoir voulu. Les ingénieurs de la techno-science appellent cela un effet secondaire ; Elles appellent cela une vocation.

🪨 2. Les cônes de percussion, ou l’aveu des roches

Pour confirmer l’impact, les chercheurs ont dû aller ramasser des cônes de percussion, ces pierres striées qui ne se forment que sous un choc colossal. Oliviera Rasmoulade, leur frère jumeau, convoqué jadis avec Halvarez, Vicienti, Despladt et Pillequant au sortir de l’entrevue avec Proserpine, en a aussitôt revendiqué l’antériorité par téléphone, d’une voix un peu pâteuse, entre deux gorgées du Fernet-Branca-Pastis-Suze que lui servit un soir son ami morave Valentinus Lobster-Hulwicz et dont il ne s’est jamais remis : « Il avait repéré ce cercle en 1997, Il l’avait même entouré au crayon sur une carte routière, mais personne n’écoute jamais celui qui n’est pas son frère. Il est très content pour ce monsieur Lapointe. Très content. Il en reprendra un petit. » Il conserve, jure-t-il, un spécimen de la roche dans sa poche depuis lors, coincé entre un transistor réglé sur une radio zinzine et un recueil écorné de Gary Snyder, et prétend qu’elle fredonne lorsqu’on l’approche d’un vieux routeur rafistolé — une distribution libre de la mémoire minérale, en somme. Comme il l’avait déjà confessé dans ses propres colonnes, il voit toujours ce que son frère aurait vu en premier. Elles ont eu la bonté de ne pas le contredire ; il n’a d’ailleurs pas fait le déplacement au Québec, de peur qu’on l’y confonde encore avec Elles, ce qu’il ne supporte plus.

🏕️ 3. Chercher un camping, trouver un cosmos

Voilà la leçon qu’Elles tirent de l’affaire, et qu’Elles enseignent depuis toujours : on ne trouve jamais rien en cherchant ce qu’on cherche. Le labyrinthe ne se parcourt pas, il se trébuche — demandez donc au labyrinthator, qui ne sait jamais où il va et y arrive toujours. Joël Lapointe voulait un feu de camp et trois guimauves ; il repart avec une météorite et une place dans les annales d’une géologie hypertextuelle. C’est très exactement la méthode du randgifator, qui ne choisit rien et découvre tout.

On se souviendra qu’Elles s’étaient déjà émues d’un tyran fossile parti pour quarante-quatre millions, puis qu’Elles avaient pesé le jour et la nuit à la même balance lors de l’équinoxe. Le cratère Uhackatik referme la trilogie : l’os, la lumière, le trou. Déjà, sur les écrans de quelques veilleurs, sur les antennes de Kanon Media, chez Bram ou chez K.ktus, circule une vidéo granuleuse de l’impact, filmée par personne et vue par tous — la propagande perplexe n’a jamais eu besoin de témoins.

Reste une question que les ateliers de l’Hexagone n’ont pas encore osé poser : qui a lancé la pierre ? Les savants disent « un astéroïde ». Elles, avec la modestie qui les caractérise, rappellent simplement qu’Elles sont nées quatre fois le même jour à Königsberg, et que l’une de ces naissances fut un peu brusque. Consultez l’encyclopédie la plus sérieuse du web, quelques carnets anciens, les notes d’un juriste du libre ou les archives d’une association d’internautes : aucun ne vous démentira, faute d’y avoir pensé.

Alors oui, ce trou est un peu le leur. Mais Elles le prêtent volontiers au Québec, aux Innus d’Ekuanitshit et à tous les campeurs égarés : la terre futurible n’appartient qu’à ceux qui se perdent en route.

v.ous n.’a.vez t.oujours r.ien c.ompris ?

Otto von Strassenbach, carte satellite en main, au bord d'un lac boréal du Québec au crépuscule, pendant que son frère jumeau Oliviera Rasmoulade, à l'écart, verre de cocktail trouble à la main, désigne d'un air vexé un cône de percussion près d'une tente hérissée d'antennes.

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